Feitiçeira

Pour inaugurer cette rubrique j’ai voulu laisser la parole à l’Instructrice Feiticeira, qui organise depuis maintenant 4 ans le Festival féminin : Iuna Voou qui réuni chaque année de plus en plus de participantes. A l’approche de son évènement, elle nous parle un peu d’elle, de ses débuts dans la capoeira et de sa passion pour cet art.

FEITICEIRA

Peux-tu te présenter : Nom de guerre, grade, groupe, ville ?

Je m’appelle Héloise Reiter, mon surnom est Feiticeira et je suis instructrice du groupe Capoeira Brasil de Bordeaux.

Quand et comment as tu connu la capoeira ?

Je suis franco-brésilienne et j’ai donc pu connaître la capoeira quand j’habitais au Brésil, à Fortaleza. Mon tout premier contact avec la capoeira fut par l’initiative de mon père qui voulait nous faire connaître le sport national brésilien et qui nous a donc amené mon frère et moi au cours de Mestre Envergado du Groupe Capoeira Brasil.

Quel est ton rôle au sein de ton groupe?

Je travaille au sein de l’association qui propose les cours de Capoeira sur Bordeaux et je donne également des cours avec l’instructeur Topete. J’organise aussi tout les ans avec Topete et les élèves de l’asso deux grands festivals, le festival  Iúna Voou en octobre ainsi que le Batizado en avril.

Quels étaient tes objectifs initiaux quand tu as commencé ?

Même si je m’étais déjà entraîné à plusieurs reprises quand j’étais enfant, pour moi, je n’ai vraiment commencé la capoeira qu’à partir de 15 ans car c’est à partir de là que je n’ai plus jamais cessé de m’entraîner. J’étais donc assez jeune et ce que je voulais vraiment c’était juste m’amuser et faire un sport que j’aime et qui était en accord avec ma façon de penser et de vivre.

Comment est venu ton nom de capoeriste ?

Je m’entraînais à l’époque avec Contra-Mestre Macaco du groupe São Salvador et on avait invité à notre festival Mestra Brisa. En discutant avec elle, Macaco lui a demandé quel surnom elle me donnerait si elle pouvait le choisir. Elle m’a regardé et a dit que j’avais des yeux ensorceleurs et qu’elle m’appellerait donc Feiticeira, ce qui veux dire l’enchanteresse. Depuis, c’est resté mon surnom.

Y’avait il beaucoup de femmes capoeiristes dans ton groupe quand tu as commencé ?

En fait, oui il y en avait pas mal, on était un petit groupe mais il me semble qu’il y avait autant de filles que de garçons. Les garçons ont pour la plupart continué la capoeira mais malheureusement, des filles, je suis la seule a avoir continué.

A cette époque, quels étaient tes inspirations femme dans la capoeira ?

A l’époque et aujourd’hui encore, la Contra-Mestra Sapeca était très connue au Brésil et c’était pour moi une source d’inspiration car j’adore non seulement son jeu mais aussi sa personnalité toujours joyeuse, souriante et très énergique. Il y avait également l’instructrice Ninja de Fortaleza que j’admirais et l’instructrice Folha qui est une super capoeiriste et une personne très humble.

Quel moment t’a le plus marqué jusque là dans ton parcours de capoeira ?

Onze ans de capoeira ça fait beaucoup de moments pour n’en choisir qu’un seul mais je me souviens très bien d’un de mes premier festival de capoeira, c’était un festival organisé par le Mestre Ratto qui à l’époque faisait encore parti du groupe Capoeira Brasil et qui se déroulait à Parajuru. Mestre Suassuna et Mestre Lua Rasta étaient invités et je me souviens très bien de Mestre Suassuna qui nous à fait un show de berimbau et qui juste avant de commencer à chanter nous a fait un iêêêê qui à fait frissonner tout le monde, l’énergie qu’on avait ressenti à ce moment là m’a énormément marqué.

Il y a également un autre moment très marquant pour moi, c’était à l’époque où l’instructrice Ninja organisait des rodas féminines et ce fut à cette roda que pour la première fois je pu chanter et jouer des instruments dans la roda. Ce fut un moment magique pour moi.

Comment (et pourquoi) est né le projet Iuna Voou?

Le projet Iuna Voou est né quand j’étais encore gradé. A l’époque je commençais déjà à beaucoup me déplacer pour aller à des festivals un peu partout. J’ai remarqué que le nombre de professeurs femmes par rapport à celui des hommes était très inégal. J’ai donc commencé à poser pas mal de questions sur le sujet aux professeurs et mestres que je rencontrais. J’en ai conclu que les raisons de cette inégalité étaient surtout culturelles et historiques mais que c’était en évolution et j’ai donc voulu soutenir et valoriser les femmes qui font partie de cette évolution.

Peux tu nous présenter un peu cet évènement?

L’évènement  Iúna Voou s’organise depuis maintenant quatre ans tout les deuxième weekend d’octobre à Floirac (à coté de Bordeaux). Le but de cet événement aujourd’hui est de soutenir et valoriser le travaille des femmes dans la capoeira, de montrer qu’il y a non seulement de très bonnes capoeiristes femmes mais aussi qu’elle sont soutenues autant par le femmes que par les hommes. L’événement est ouvert à tous et j’invite beaucoup de professeurs femmes mais pas seulement car l’objectif n’est pas d’exclure les hommes mais bien de trouver un équilibre et une égalité entre les deux. On dit d’ailleurs souvent que dans la roda de capoeira il n’y a pas de femme ni d’homme uniquement des capoeiristes. Néanmoins, pendant cet événement, uniquement les femmes peuvent donner les cours de capoeira. J’essaye aussi de créer une ambiance dans laquelle les filles pourront se sentir à l’aise pour essayer de se surpasser et d’oser faire dans la roda tout ce qu’elle n’osent pas faire d’habitude, car c’est bien ce qui à marché pour moi. Nous faisons également un moment de discussion avec les professeurs car je trouve que c’est important de pouvoir les connaître un peu mieux, de pouvoir poser des questions sur leurs parcours et connaître les difficultés qu’elles ont pu rencontrer.  Et pour conclure, le plus important finalement, c’est que tout le monde puisse profiter et s’amuser.

Quelle est la date de la prochaine édition ?

Le prochain  Iúna Voou sera la 4 ème édition et se déroulera du 10 au 12 Octobre 2014.

Penses tu que l’image de la femme capoeriste a évolué depuis que tu as commencé ?

Quand j’ai commencé, il y avait déjà pas mal de femmes qui faisait de la capoeira et je trouve que malgré tout (car il ne faut pas oublier que le Brésil est quand même un pays assez machiste) les femmes étaient et sont assez bien respectées dans la capoeira.

As tu déjà pris part à d’autres projets sociaux-éducatifs/culturels (professionnel ou bénévole) dans ton groupe ou ailleurs avec comme base la capoeira et sa culture ?

Oui, j’ai travaillé en tant qu’employée de vie scolaire dans une classe d’inclusion scolaire et avec l’enseignante on a fait un projet sur les pays du monde et donc pendant un trimestre on a parlé du Brésil et j’ai pu donner des cours de capoeira aux élèves qui sont des enfants avec des troubles du comportement. C’était une expérience très marquante autant pour eux que pour moi.

Selon toi quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste ?

C’est difficile à savoir car la capoeira est très polyvalente et on peut la voir sous tellement d’angles différents, mais je pense qu’une chose qui est très importante c’est d’avoir confiance en soi. Je pense également qu’il faut savoir s’imposer mais être humble en même temps car dans ce milieu très masculin (je parle au niveau des professeurs) il faut pouvoir montrer que nous somme à la hauteur sans vouloir être plus que qui que ce soit.

Penses-tu qu’une femme doit jouer différemment d’un homme ?

Je pense que chacun doit jouer de manière a se sentir à l’aise, il y à des femmes qui jouent très bien et qui sont très masculine dans leur jeu mais à qui cela convient, moi je ne le suis pas parce que c’est dans ma personnalité et ça me convient également. Je pense que ça ne sert à rien de copier les autres, on prend ce qu’on aime et on l’adapte à son jeu, sa personnalité.

Quelle est ta philosophie de vie ?

Je recherche l’équilibre et la capoeira fait maintenant partie de mon équilibre. Je suis quelqu’un de très joyeux et j’essaye également de passer ça aux gens qui m’entourent.

Comment vois tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois-tu aussi?

Ouf, c’est trop loin, je ne sais pas, l’avenir le dira. Et moi, et bien je serai encore là et je m’adapterai, comme le dit mestre Branco, le train est en route, et moi je m’accroche à lui.

Combien d’heures par semaine consacres-tu à la capoeira ?

Concrètement je peux dire que je consacre 10h30 de ma semaine à la capoeira, mais c’est sans compter les festivals tous les weekends, le temps d’organiser mes cours et de travailler pour l’association, l’organisation des festivals, les entraînements aux instruments, les heures à regarder des vidéos de capoeiras et lire sur l’histoires de la capoeira et pour finir, tout le temps que l’on passe à rêver et s’inventer des mouvements dans sa tête. En fait la capoeira prend énormément de place dans notre vie quand on est vraiment capoeiriste, mais c’est pas nouveau, et c’est un choix assumé.

C’est important pour toi de rester féminine dans la roda ?

Comme je le disais, cela fait partie de ma personnalité donc oui, pour moi c’est important, mais c’est surtout naturel.

Quelle est ta chanson de capoeira préférée ?

Comment choisir ? Je dirais peut être qu’il y en a deux, tout d’abord une des toutes premières chansons que j’ai apprise  c’est « Viola de waldemar – Boa voz » et c’est macarrao, un très grand amie, qui me l’a apprise. Il y a également une musique que j’adore car elle me touche personnellement à chaque fois que je la chante c’est « Saudade que faz chorar – Mestre Barrao. »

Quel message donnerais-tu aux capoeiristes femmes?

Soyez vous même, ayez confiance en vous car nous sommes toutes autant capable que les hommes d’être de très bonnes capoeiristes et n’oubliez pas que le fait d’être maman n’est pas incompatible avec le fait d’être capoeiriste et que même si ça n’est pas un chemin facile, ça en vaut la peine.

Quels conseils donnerais-tu à un(e) capoeiriste débutant(e) ?

Mon conseil serait, soit ouvert à toutes les possibilités et dimensions que la capoeira peut t’apporter et soit patient et persévérant car ce sont deux qualités nécessaires à la capoeira et qui finissent toujours par payer.

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