Mestra Suelly, The Making of a Mestra

En ce 1er mars, je vous propose de découvrir une référence en matière de capoeirista:  Mestra Suelly. Hélas je n’ai pas encore eu l’occasion de l’interviewer mais je crois e les doigts de le faire un  jour. Que dire de Mestra Suelly?…. on pourrait faire un blog entier sur elle (comme sur beaucoup d’autres Mestra de capoeira). Plus de 30 ans de pratique de la capoeira et 1ere femme américaine à recevoir le sacré graal, le titre de Mestra. En septembre dernier elle achevait une aventure incroyable : relier Berkeley (Californie) à Bahia (Nordeste-Brésil) à vélo en compagnie de son compagnon de toujours, Mestre Acordéon (et de quelques uns de leur disciples).  A travers ce texte de Mestre Acordeon vous allez découvrir une guerrière, en plus d’avoir le point de vue de Mestre Acordeon sur les femmes dans la capoeira et en prime une belle déclaration d’amour entre les lignes.

« Le « Iê » de Mestre Joel avait complètement inondé la pièce tel le cri d’un puissant guerrier ralliant ses soldats, faisant ainsi régner le silence autour de lui. Ce cri était fort, mais  doux et rauque à la fois,  comme du cristal que l’on faisait vibrer d’émotion. Toutes les personnes présentes dans la pièce à ce moment là ont ressenti cet instant. Ils étaient silencieux, attendant le moment où viendrait la ladainha. Je touchais le sol, sous le berimbau gunga, capturant ainsi de mes mains l’axé que je lançais au loin tel le pécheur qui lance un filet, ou le paysans semant ses graines sur une terre fertile.

En écoutant l’appel de Mestre Joël , mon corps entier eut  la chair de poule et j’ai commençais le chant  avec une infinie émotion:

« Tava la em casa, o Iaia

sem pensar nem imaginar

Tava la em casa, o laia

sem pensar nem imaginar

Quando ouvi bater na porta

Quando ouvi bater na porta, o iaia

Salomao mandou chamar

Pra ensinar a capoeira » …

Au milieu de la chanson, je n’avais pas bien articulé le mot ‘capoeira’, ce mot s’est perdu au milieu d’autres  sons incompréhensibles. J’avais soudain l’impression que mon cœur gonflait tellement  qu’il n’arrivait plus à tenir dans ma poitrine. S’en suivi une sensation de vertige comme soufflé au milieu d’une tempête qui me fit presque abandonner le jeu. Mestre Suassuna reprit alors le chant. Tout ce que j’avais à faire à présent était de jouer ma capoeira.

suelly9

Suelly (Suellen Einarsen) a commencé la capoeira en 1982. C’était une de mes premières élèves aux Etats Unis. Malgré le fait qu’elle soit débutante en capoeira, la qualité de ses mouvements ont toujours reflétés la technicité d’années de pratique de danse. Son chemin dans la capoeira était parallèle à sa carrière de danse moderne. Cependant, jamais ces deux disciplines ne se mêlèrent. Selon elle, les mouvements de capoeira ne devaient jamais être sortis de leur contexte dans le but d’enrichir une chorégraphie de danse. Inversement, sa capoeira ne se transformait jamais en danse uniquement.

Sans aucun doute, la capoeira rassemble pleins d’éléments : danse, musique, combat, théâtre, rituel, tradition et philosophie. Mais par essence, la capoeira est un combat ritualisé qui fonctionne comme un moyen d’expression individuelle à travers laquelle le capoeiriste lutteur,  philosophe, et finalement  artiste qui pratique son art avec son propre corps, ses émotions, son esprit, se retrouve avec lui même. Tout comme chaque chose dans la vie qui balance d’un côté ou d’un autre, Suelly à l’avantage et l’inconvénient d’être ma femme, ma compagne de tant de voyages et d’aventures. D’un côté, sa familiarité avec la capoeira s’en est trouvée enrichi par cette intimité, cette osmose. De l’autre côté, elle a souffert et continue de souffrir de l’immense pression de mes critiques. La manière dont je vis et ressens les choses font que c’est comme si elle était une extension de moi même, subordonnée à la même discipline que je m’impose dans la capoeira.  Je ne suis pas perfectionniste, mais j’exige toujours de moi même le maximum que je puisse donner. Après avoir suggéré l’idée et avec l’accord des autres mestres présents à notre dernier batizado, Mestre Ra a décidé qu’il était temps pour la Contra-Mestra Suelly de devenir Mestra de capoeira. Sans aucun doute, sa dévotion à la capoeira, son expérience et la qualité de son jeu ont justifié cette décision. Au delà de ca, c’est l’une des meilleurs professeurs dans notre académie et un bien meilleur enseignant que moi.

Donc, avec l’accord des Mestres Suassuna, Joel, Gato, Preguiça, Deputado, Bandeira, Amen, Efraim, Roni, Barrão, Pescoço, et Urubu et avec la bénédiction de tous les orixas, tout ce qui me restait à faire à cet instant précis, était de jouer ma capoeira. Une fois encore, nous nous sommes retrouvés au pied du berimbau. La musique de capoeira n’a jamais paru aussi belle et profonde à mes yeux qu’à cet instant. Un grand nombre de personnes présentes ce jour là ont mesuré la dimension de ce moment si spécial. Certains, submergés par l’émotion en ont même pleuré. La première femme capoeiriste née aux États-Unis était sur le point d’être rebaptisée. Qu’est ce que ce moment allait réellement signifier ? Une marque dans l’histoire de cet art traditionnellement masculin qui malheureusement se comporte toujours d’une manière sexiste et intolérante ? Sans aucun doute, un parallèle existe entre le peuple brésilien et américain en termes de diversité culturelle et raciale. Cependant si on regarde les droits sociaux, nous brésiliens, sommes loin derrière.  Malgré tout, le difficile combat pour l’égalité homme- femmes continu aux États-Unis tout comme au Brésil. Mais à cet instant précis, au pied du berimbau, Suelly est devenu le symbole d’une autre victoire féministe : un exemple des possibilités qui peuvent se réaliser au son du berimbau.

mestra suelly mestra acordeon

mestra suelly mestra acordeon

Aujourd’hui ma mémoire n’est plus aussi jeune, elle ne me rappelle que les jeux que j’ai joué. Cependant il m’est impossible de me souvenir de ce jeu avec Suelly. Ce qu’il me reste en mémoire est l’essence de ce moment : l’émotion, la valeur donnée à tant d’année de travail, et l’espoir qu’un précédent venait d’être créé : la reconnaissance que le travail, la connaissance et la dévotion à l’art de la capoeira est capable de briser les barrières de la race, du genre, des frontières et d’unir chacun de nous au sein d’une même famille. Puissions nous tous être frères dans la capoeira »

source : article « Mestra Suelly, The making of a Mestra » by Mestre Acordeon »  (traduction Iguana)

Découvrez le projet Berkeley to Bahia ICI

Que vous inspire cet article? En ce mois de mars « consacré » aux droits des femmes dans le monde, laissez vos comm 🙂

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