Interview Mestra Preguiça

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Depuis la création du blog je voulais faire cette série personnelle  d’interview que je pourrais intituler « Mes Inspirations dans la capoeira ». Quelles sont les capoeiristes (femmes) à qui je me suis identifiée et qui m’inspirent depuis le début dans mon parcours ?

Elles sont 3, trois femmes incroyables que le hasard des rencontres à mis sur mon chemin et qui m’ont toutes les 3 transmises, volontairement ou non, des choses essentielles.

Je tenais à  commencer cette série par Mestra Preguiça que je connais et suis  depuis plus de 10 ans. A elle seule elle représente pour moi l’essence de la capoeira : l’humilité, la force, le respect et la dévotion.  Les premières fois que je l’ai vu jouer, j’ai eu comme une révélation ! Quiconque s’est déjà rendu à « la source » sait de quoi je parle. C’était beau, technique, la force tranquille de ceux qui ont la maitrise de leur art. Toujours là pour  encourager, pour  conseiller, elle est généreuse, souriante, fonceuse. Elle a eu très tôt la responsabilité de la capoeira et de sa transmission. Lourd fardeaux pour qui ne sait pas gérer. Mais elle, avec une force, une douceur et une joie de vivre infinie a accepter cette mission, cette responsabilité, ce cadeau pour le plus grand plaisir de ses élèves et de ses admirateurs/trices.

Elle est l’un de mes modèles dans cet art, une source d’inspiration sans fin et je suis très fière aujourd’hui de vous l’a présenter pour celles qui ne l’a connaissent pas encore

Elle est timide et secrète de nature mais elle à quand même accepté de se livrer aux jeux des questions-réponses.

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Peux-tu te présenter (nom de guerre, grade, groupe) ?

Je suis Mestra Preguiça, du groupe Filhos de Bimba Escola de Capoeira à Salvador/Brésil

Comment as-tu connu la capoeira ?

Près de chez moi il y avait l’académie de Mestre Bozo, où je me rendais pour le plaisir de regarder ses cours de capoeira. J’ai commencé à pratiquer avec lui pendant 2 ans puis j’ai ensuite été l’élève de Mestre Nenel*  chez Filhos de Bimba Escola de Capoeira,  et depuis je n’ai jamais quitté ce groupe.

*(ndlr: fils de Mestre Bimba)

Quels étaient tes objectifs quand tu as commencé la capoeira ?

Lorsque j’ai commencé, mon seul objectif était d’apprendre. En effet j’avais à peine 11 ans, j’étais une enfant qui découvrait le gout pour la capoeira.

 Quels moments t’ont le plus marqués sur ton chemin de capoeira ?

Ma « formatura » et ma « especialização »

(ndlr : especializaçao : cours spécifiques comprenant l’embuscade et la défense d’armes)

D’après toi, l’image de la femme dans la capoeira  évolué dans le temps ?

Oui ! Aujourd’hui les femmes jouent des instruments, chantent, donnent des cours et commandent des rodas.

 Si tu le pouvais revenir en arrière sur ton parcours, que ferais-tu différemment aujourd’hui ?

Je passerais davantage de temps à l’étude approfondie de la Capoeira.

Quelles sont les batailles que tu as du mener sur ton chemin de capoeiriste?

Quand j’ai commencé à donner des cours dans le cadre du projet capoerê* j’avais à peine 16 ans. Le plus difficile a été d’apprendre à m’imposer devant mes élèves qui avaient à peu près le même âge que moi. Aujourd’hui une de mes batailles est de rattraper le temps que je n’ai pas passé à l’étude approfondie de la capoeira. Une autre bataille étant de faire face à ma peur de parler en publique. Mais aujourd’hui grâce aux voyages et rencontres que je fais avec la capoeira,  cette peur tend à disparaitre. Dieu merci !

(* Capoeirê : projet social visant à occuper, à travers des cours de capoeira, les enfants et adolescents en situation de risque dans des quartiers défavorisés de Salvador afin que ceux-ci ne trainent pas dans les rues à la merci des trafiquants et bandits).

Tu es une source d’inspiration pour beaucoup de femmes. Quels conseils leur donnerais-tu pour qu’elles deviennent de bonnes capoeiristes?

Premièrement : Aimer la capoeira et s’accrocher. S’entrainer, apprendre à jouer des instruments, chanter, savoir s’exprimer, étudier la capoeira et son histoire en profondeur et la vivre chaque jour.

D’après toi, une femme doit jouer de la même manière ou différemment d’un homme ?

Elle doit jouer pareil. Les mouvements sont accessibles aussi bien aux hommes qu’aux femmes, les 2 ont la même  capacité à les exécuter.

Quelles sont pour toi les qualités d’une bonne capoeiriste ?

Le dévouement, l’étude de cet art, l’entrainement et du vécu dans la capoeira

Est-ce important pour toi de rester féminine dans la roda?

Oui ! C’est très important. Même si nous faisons les mêmes mouvements que les hommes, notre touche féminine fait la différence !

Quelle est ta philosophie de vie ?

Ma philosophie de vie c’est la capoeira. Je vis de la capoeira, tout ce que je possède je l’ai conquis à travers elle.

Mestra de capoeira et mère , comment arrives-tu à t’organiser ?

J’organise mes journées en gardant beaucoup de flexibilité dans mes horaires. Quand mes enfants (ndlr : 2 garçons) sont à l’école, je donne des cours de capoeira et lorsqu’ils sont avec moi ils m’accompagnent et participent  à mes cours.

Où te vois-tu dans 20 ans ?

Dans 20 ans je m’imagine avoir une vie stable et faire encore beaucoup de capoeira!

Quel message laisserais-tu aux capoeiristas ?

Si la capoeira est une chose à laquelle elles veulent se dévouer et en faire une profession, qu’elles s’engagent à fond et qu’elles s’accrochent fortement à cela. Qu’elles étudient la capoeira et multiplient leurs expériences et leur vécu dans cet art. Car quand on veut, on peut !

Quel est ton plus grand rêve pour la capoeira ?

Que le monde entier sache ce qu’est la Vraie Capoeira Regional

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Mestra Preguiça e Iguana- Forte da Capoeira SSA/BR 2011

Très bonne fin de semaine à toutes les guerrières!!!!!! ♥♥♥

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Capoeira: Le chant d’une guerrière

Coup de cœur de la semaine, du mois, voire de l’année ( ?) ! Ce qui suivent mon FB perso ont vu que j’étais FAN de cette video. Je devais partager ça avec vous et laisser la place sur Lipstick à une élève en particulier.

Je lisais l’article de SouCapoeira sur le 15ème Batizado d’Arte Negra qui a eu lieu fin mars à Bordeaux. Un passage dans cet article (écrit par Prima) m’a interpellé : « …un chant mené par Viùva « Capoeira Vem » pendant lequel nous sommes tous rentrés en transe pendant une vingtaine de minutes … » 

Viuva je l’ai rencontré il y a 2 ans à Bordeaux pour un autre  événement d’Arte Negra , le Natal Capoeirando que j’avais adoré (et dont j’avais également parlé sur SouCapoeira ICI).

Je kiffais déjà sa voix depuis longtemps via les soundclouds de son blog (et je kiff aussi  ses photos de capoeira. Art dans lequel elle excelle aussi!) et je me suis dit : tiens donc (air intrigué)  allons voir notre ami Youtube pour voir ce que donnait ce fameux chant qui met en transe. Et là: bam ! c’est là que je me suis pris ça en pleine gueule figure ! En général je regarde des vidéos de capo pour la beauté des jeux, analyser les mouvements, travailler des chansons etc…. mais là sur cette vidéo les jeux ne m’intéressaient pas. Mon œil a été directement aimanté par la bateria. J’étais fascinée et hypnotisée  par la musique. Par la complicité évidente entre Cacique, Viùva et le reste de la bateria. Il se passait un truc, une connexion aux instru, au chant et au chœur.

Cacique, un œil sur le jeu, un œil sur la bateria donnait la cadence, les breaks, le swing, et toute la sauce prenait d’un coup. Comme dirait  la chanson: « o molho tem dendê » . Quand Prima dans son article parle de « frisson » et de « transe », c’est exactement ce qui transpire de cette vidéo.

C’est inexplicable le plaisir et la fierté que j’ai de voir cette vidéo! C’est une élève, une guerrière qui dirige l’énergie de la roda !!!  Et ce n’est pas toujours le cas que dans les événements de capoeira, une place soit donné aux élèves dans la bateria et encore moins aux chants  mais bordel flute alors, là quand je vois la putain montée d’énergie que ça peut envoyer jme dis juste : c’est bien dommage que ça n’arrive pas plus souvent car on peut parfois passer à coté de très beau moment magique comme celui  là ! Pourquoi cela n’arrive pas plus souvent? Est ce parce qu’on ne nous en donne pas l’occasion ou bien est-ce par peur qu’on s’empêche de le faire et de se lancer? La question reste posée… (et n’hésitez pas à donner votre avis dans les comm’ ci dessous)

Bon OK OK, tout le monde ne chante pas avec une aussi belle voix, avec autant de tripes, d’amour et d’énergie que Viùva dans cet extrait et parfois même une bonne intention peut carrément CASSER l’énergie d’une roda si le niveau et la maitrise ne sont pas là. Mais franchement est ce que ça ne vaut pas ces 8 minutes de pur bonheur que de laisser (ou de prendre) la place parfois ? L’agogo c’est bien sympa aussi mais bon, c’est bien de tenter d’autres choses aussi non ?! (en parlant d’agogo, je vous invite  à lire un de mes précédent article au sujet des filles dans la bateria de capoeira).

On est toutes d’accord : chanter dans la roda ne s’improvise pas. Pas besoin  de rappeler que les entrainements ( la douche, la voiture…) sont fait pour ça : entrainer sa voix, tester des chansons, répéter, trouver son rythme, sa respiration, son intonation , varier les cadences, improviser: bref s’approprier la chanson et la maitriser comme si on l’avait créé pour qu’un jour peut être, si les étoiles sont alignées, si une légère brise souffle dans l’atmosphère (#MysticMoment) on arrivera à notre tour à transmette un moment de magie comme celui là  que seule la capoeira peut apporter.

Du coup j’ai voulu avoir son avis sur tout ça alors j’ai contacté Viùva pour lui poser quelques questions et elle a bien voulu prendre le temps de me répondre avec sincérité et je l’en remercie:  Let’s go!

Viùva, depuis combien de temps pratiques tu la capoeira et quel est ton grade actuel?

J’ai commencé la capoeira sur le tard, en 2010, (l’année de mes 30 ans) à Angoulême.Je suis actuellement au 5ème grade (sur 13) qui correspond au niveau ‘intermedario ».

Tu es super à l’aise avec le chant, as tu des origines brésiliennes ou portugaise ?

Non pas d’origine brésilienne ni portugaise, enfin pas que je sache 🙂  (NDLR : Les filles vous avez entendu ? Alors plus d’excuses OK ?)

T’es-tu mise aux instru/chant dès que tu as commencé dans la capoeira ou est-ce venu plus tard?

L’année où j’ai démarré, Cacique avait mis l’accent sur l’apprentissage de tous les instrus de la bateria, on avait au moins 30 à 45 min de musique par cours, 2 fois par semaine. A la fin du 1er cours, j’avais « vem, vem, vem jogar », en boucle dans la tête. Cacique nous faisait chanter systématiquement seul, à tour de rôle, des refrains des chansons apprises pendant le cours ou des chansons que l’on connaissait déjà. On se retrouvait aussi des samedis après-midi entiers pour travailler la musique et le chant à 5-6 chez les uns ou les autres. Au départ, c’était difficile (surtout quand on n’aime pas forcément sa voix) de chanter seule devant tout le monde et puis c’est devenu très vite une évidence ; j’adorais ça! 🙂

Nous avons toujours l’occasion de chanter durant les cours car il est très fréquent qu’une bateria soit constituée pour les exercices ce qui permet à chacun de s’exercer sans stress avant de se lancer pour la roda. Petit à petit, mon répertoire s’est étoffé, et j’ai osé prendre le chant ailleurs que pendant les cours.

Le fait d’oser chanter pendant une roda n’est évidemment pas arrivé tout de suite (en dehors des rodas de fin de cours je veux dire). Dans plusieurs évènements, je suis allée à la bateria pendant les cours. Les profs ou Mestres présents dans la bateria offrent souvent la possibilité de chanter si on le désire dans ces moments-là. Petit à petit, on ose de plus en plus et finalement, on vous propose le chant plus souvent. Il faut donc être patiente et persévérante pour se faire une petite place 🙂

Comment d’après toi es venu cet instant magique d’énergie dans la roda (meme si ca risque d’être dur d’expliquer)

Cette roda s’est constituée le dernier jour du dernier batizado Arte Negra de Bordeaux, le lundi, pendant le cours donné par Mestre Carlos, San Cipriano.  Quand j’ai commencé à chanter « capoeira vem » je chantais déjà depuis une bonne dizaine de minutes et je pensais que j’allais passer rapidement le chant à quelqu’un d’autre car je n’arrive pas à le tenir très longtemps d’habitude, il demande pas mal d’énergie. Et puis, les gens qui ne prenaient pas le cours ont commencé à se rapprocher, Cacique est allé en chercher d’autres, il a pris une percu supplémentaire pour nous accompagner, et l’énergie a continué à monter tranquillement mais sûrement ! et puis la roda s’est formée, les gens se balançaient derrière la bateria, moi je me sentais quasiment en transe, tout le bas de mon corps était fébrile, tremblant, ma gorge me tiraillait mais des dizaines de paires d’yeux me souriaient, me soutenaient, tout le monde répondait en chœur avec un enthousiasme contagieux et Cacique en face de moi qui ne cessait de m’encourager !

Ca a vraiment été un moment très spécial pour moi :). Quand à te dire comment est venu ce moment, j’en serais bien incapable. Il y a des fois où ça ne prend pas malgré toute la bonne volonté et l’énergie possibles et d’autres où tous les paramètres font que ça devient le bon moment et c’est ce qui s’est passé je crois tout simplement :).

Comment est venu l’idée de ton blog de musique? Tu t’intéressais déjà beaucoup aux musiques de capoeira quand tu as commencé ?

L’idée du blog est venue assez rapidement. Quand j’ai commencé la capoeira j’ai très vite eu envie de comprendre ce que je chantais, j’ai donc cherché les textes sur internet, j’écrivais celles que j’apprenais sur un carnet pendant les évènements. Et puis j’ai eu envie de créer un outil que j’aurais aimé avoir quand j’ai commencé et qui me sers régulièrement à moi aussi.

Quels conseils tu donnerais aux minettes qui n’osent pas se lancer aux chants ?

Au départ, j’avais la sensation qu’en tant que femme, le chemin était plus compliqué pour faire sa place dans ce monde de machos (si si un peu quand même 😉 Et plus le temps passe, plus je crois que ce n’est pas tant une question de sexisme que de « place hiérarchique », de reconnaissance dans le monde de la capoeira, ça ne peut pas arriver du jour au lendemain. On voit en effet plus d’hommes que de femmes à la bateria mais ça s’explique aussi par leur supériorité numérique (enfin pour le moment en tout cas) à des grades de profs ou Mestres. Et comme ça tourne dans une bateria, forcément, les hommes reviennent plus souvent puisqu’ils sont plus nombreux.

Ca ne me viendrait pas à l’idée de demander à un prof ou un Mestre de le remplacer aux instrus, j’attends qu’il me le propose. C’est peut-être un tort mais ils ont forcément plus de compétences, plus d’expérience que moi donc ce n’est pas à moi de leur dire de sortir pour les remplacer. Je trouve ça normal, c’est aussi une question de respect. Il y peut-être des endroits où les femmes sont uniquement « reléguées » à l’agogo ou au reco-reco (bien que moi j’adoooore le reco-reco!) mais personnellement, je ne l’ai jamais constaté. Je veux dire par là qu’on y voit souvent des femmes certes, mais est-ce que quelqu’un leur a interdit d’accéder aux autres instruments ? Peut-être se l’imposent-elles inconsciemment ? Pourquoi on n’ose pas? De quoi a-t-on peur? Je n’ai pas la réponse mais ce sont des questions que je me pose régulièrement, même pour moi. Cacique ne véhicule pas du tout de sectarisme. Quand il sent que quelqu’un a du potentiel dans un domaine, il l’encourage en ce sens et ce, dans tous les domaines de la capoeira. Je n’ai donc jamais senti que je n’avais pas ma place parce que j’étais une femme.

Il est possible qu’on se créée nous-mêmes (les femmes) des barrières, des complexes qui nous freinent pour prendre un berimbau ou le chant par exemple. Si l’on sait que l’on en est capable, il ne faut pas hésiter. ça se passera toujours bien si c’est fait dans le respect. Par contre, ne vous lancez pas à prendre le chant ou n’importe quel instrument dans une roda si vous ne maîtrisez pas un minimum ce que vous allez faire, c’est un coup à vous faire gicler et à casser l’énergie mise en place.

Pour le chant, le plus simple est de commencer à chanter avec des partenaires de cours, des gens avec qui on se sent bien, en se retrouvant à l’extérieur, sans la pression du cours. C’est comme dans tout, il faut faire ses preuves avant de se lancer dans l’arène, ça demande de l’entraînement ! Après, ce n’est pas parce que tu sais que tu peux tenir une roda au chant qu’il faut se lancer à tort et à travers, il y a des moments où s’est approprié, d’autres non.

Un projet de CD de capoeira avec une si belle voix ?

Pas de CD à l’horizon 😀 mais si des financeurs se manifestent pourquoi pas!! 😉 J’ai quelques idées de duo qui pourraient être sympa, style « taratata » de la capoeira tu vois! 😀 (je déconne, quoi que! :D)    Hea!

Merci encore à cette guerrière d’avoir pris sa place dans la roda, d’avoir chanté avec ses tripes et d’avoir tenu la distance pendant tout ce temps même si elle avait sans doute mal aux mains, aux bras et à la gorge (car en réalité ca a duré bien plus que les 8 minutes de la vidéo). Merci de montrer l’exemple et d’avoir rendu ce moment magique pour tous ceux qui étaient présents (et tout ceux qui l’on vécu par procuration a travers un écran). Merci également à Cacique pour permettre des moments comme celui là et pour ses évènements qui laisse à chaque fois un super souvenir à tous les participants.

 

Si vous avez vous aussi des extraits de roda de ce style (où des filles mènent l’énergie au chant) n’hésitez surtout pas à partager!!

Et n’oubliez pas de visiter son blog

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Mestra Ursula Canto de Capoeira

Guess who’s back? Et oui, Lipstick reprend du service après une petite pause bien méritée:)

Pour la reprise, je vous propose cette petite vidéo-interview qui tourne sur internet depuis 2 mois maintenant et que j’ai trouvé très intéressante à partager pour celles qui ne connaissent pas Mestra Ursula.

J’aurais voulu que cette interview soit la mienne mais non, elle est de Fred Rousseau (son site ICI ) Mais c’est pas grave car elle est très réussie et avec de belles images. Et même si nous n’avons pas les questions, on les devine et son parcours est très bien raconté.

J’ai eu la chance de croiser Mestra Ursula dans des évènements à mes débuts et elle m’avait tout de suite intrigué. Une femme très élancée,  un style bien à elle, une expression amicale et un sourire bienveillant qui  à l’époque contrastait  dans le paysage plutôt masculin de ce type d’évènements.

Son approche et sa vision de la capoeira donnerait envie à n’importe qui de s’y mettre, elle en parle avec passion et amour. On ne peut qu’adhérer!

Encore une inspiration pour toutes celles qui auraient besoin d’une dosette de motivation pour s’y mettre ou s’y remettre.

Ya pas à dire: Mulher na roda, nao é pra enfeitar, Mulher na roda é pra ensinar!!!!!

 

 

A très bientôt les guerrières!

 

 

Interview Treinel Ada

1ere interview de la saison 2015-2016, on reprend les bonnes habitudes et on profite de l’expérience des ainées pour construire notre chemin et s’inspirer de leur parcours.

Ce mois-ci j’ai voulu vous proposer l’interview de la treinel Ada du groupe GCAC (c’est la 2eme interview d’une angoleira, retrouvez la 1ere ICI ). Nous nous côtoyons depuis quelques années dans des rodas d’angola ici ou là et j’avais envie depuis longtemps de connaitre son parcours. Elle a gentiment accepté de répondre à mes questions et je la remercie pour sa sincérité.

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Peux tu te présenter : Nom de guerre, grade, groupe, ville?

Mon nom est ADA, dans la vraie vie et dans la capoeira aussi. Bien que j’ai reçu plusieurs « apelidos »: Dendé (parce qu’il paraît que je suis mandingueira), Toquinha (à cause du bonnet que je porte quand je joue), Cininho (qui veut dire clochette car Ada signifie fée), mon Mestre n’en a gardé aucun, (peut-être parce que ce n’est pas lui qui les a choisi) donc c’est Ada qui est resté! D’ailleurs on croit souvent que c’est mon nom de capoeira et pas mon prénom. Je suis Treinel au GCAC (Grupo de Capoeira Angola Cabula) de Mestre Barba Branca et j’enseigne dans la ville de Lyon.

Quand et comment as-tu connu la capoeira ?

J’ai commencé la capoeira en 1999, j’ai vécu au Brésil quand j’étais petite, donc je savais ce que c’était mais je ne l’avais jamais pratiqué.

En 1999 mon petit frère s’est inscrit à un cours et je me suis dit que cela pourrait être sympa de faire pareil pour partager ça avec lui! (malgré le fait qu’on n’habitait plus la même ville car je commençais la fac à Lyon). Par hasard j’ai trouvé un cours à côté de chez moi à la compagnie AZANIE, les cours étaient donnés par un danseur qui n’était pas affilié à un groupe, ni à un mestre, mais sans le savoir j’ai commencé par de la capoeira Angola.

En 2001 Mestre Barba Branca (formé par Mestre João Pequeno) a été invité à Lyon par la compagnie pour un stage. Je me rappelle qu’à cette époque j’hésitais à rejoindre un autre groupe avec un Mestre et une affiliation car j’avais beaucoup d’interrogations sur la capoeira (fondements, liens avec l’histoire afro-brésilienne, sens de la pratique et des mouvements) et je ne trouvais pas de réponse. Ma rencontre avec celui qui deviendrait mon Mestre; Barba Branca a été très forte et émouvante, je crois que je l’ai harcelé de questions pendant tout son séjour! Depuis je crois qu’il m’a adopté en quelque sorte (rires). Il est comme un père pour moi!

L’année suivante nous sommes partis dans le cadre d’un projet social à Salvador de Bahia pour soutenir le travail de Mestre Barba Branca avec les enfants de la périphérie de Cabula. Le projet avait lieu au Terreiro Ilê Axé Opo Afonjà! Ensuite je suis repartie vivre un an à Salvador et en 2003 nous avons officiellement ouvert le GCAC à Lyon (la compagnie AZANIE avait fermé entre temps).

Quel est ton rôle au sein de ton groupe?

Je suis Treinel (ou entraineur), je donne des cours pour les adultes et les enfants! Mais je suis aussi responsable du GCAC France avec les autres Treinels ! Normalement un Treinel ne gère pas un groupe dans sa totalité, ce sont le(s) Contramestre(s) ou le Mestre! Les Treinels sont là pour aider et commencer à apprendre à donner des cours. Mais pour nous c’est comme ça, nous devons assumer toutes les responsabilités comme des grands! C’est parfois difficile, mais c’est un bon apprentissage!

Quels étaient tes objectifs initiaux quand tu as commencé ?

Je crois que je me suis fait avoir! (rires). Je ne pensais pas que cela me passionnerait autant, ni que cela prendrait une place aussi importante dans ma vie. Et surtout jamais je n’aurais pensé un jour donner des cours. Au début je crois que cela m’a permis de créer des ponts dans mon histoire : je suis née au Chili, j’ai vécu au Brésil! J’ai renoué avec une partie de mon histoire grâce à la capoeira!

Ensuite par le biais de mes études (anthropologie) je me suis intéressée aux autres aspects de la pratique comme le lien avec le candomblé entre autres.

Donc au début mon moteur c’était surtout une énorme curiosité et beaucoup de passion, mais je n’avais pas d’objectif précis. Même par rapport à l’aspect physique, je me trouvais un peu lente dans ma progression, et pas très douée pour les mouvements techniques (c’est toujours le cas!) donc je ne voyais pas comment j’aurais pu devenir Treinel. Mais je me suis accrochée et j’ai continué quand même!

Enfin comme on dit souvent : c’est la capoeira qui l’a décidé pour moi!

 

Y’avait il beaucoup de femmes capoeiristes dans ton groupe quand tu as commencé ?

Des élèves oui, au Brésil et en France! Mais je suis la première femme diplômée (ndlr : à recevoir le titre de Treinel) de mon groupe.

 

A cette époque, qui étaient tes inspirations (femmes) dans la capoeira ?

Au début je ne me rappelle pas avoir vu beaucoup de femmes diplômées jouer dans les rodas, en tout cas au Brésil! J’avais entendu parler de Janja et plus tard de Gégé, mais je ne les avais jamais vu jouer.

Je me rappelle avoir vu Mestra Jararaca (élève de Mestre Curio) mais j’avais trouvé son jeu très dur et assez « masculin » pour ainsi dire. Ce n’est que très longtemps après que j’ai compris que pour évoluer au Brésil dans la capoeira Angola elle devait faire ses preuves et savoir jouer comme ça. Elle a beaucoup de courage! Et c’est après l’avoir vu que j’ai commencé à réfléchir sur la question de la femme dans la capoeira et du jeu que je voulais avoir.

Au début je trouvais plus l’inspiration chez des capoeiristes hommes, car je découvrais beaucoup de choses en même temps et je n’avais pas encore fait le tri dans tout ça, ni pris une réelle posture face à cette question. Cela a mis du temps à murir en moi!

Maintenant c’est devenu essentiel d’avoir des femmes comme inspiration et je remercie Contramestra Susy, Contramestra DI, Mestra Gégé, Prof Cristina, Prof Nani, Pimentinha, Mestra (même si elle ne l’est pas officiellement) Brisa, Mestra Janja entre autres qui sont devenues des personnes clés pour moi, qui m’inspirent dans ma posture de femme dans la capoeira.

 

Quel moment t’a le plus marqué jusque-là  dans ton parcours de capoeira ?

C’est dur à dire! La rencontre avec Mestre Barba Branca a été très marquante et décisive dans mon parcours, mais aussi quand je suis devenue Treinel car j’ai souffert de discrimination et de jalousie de la part d’une autre femme et ça a été très dur pour moi. Je m’y attendais de la part des hommes mais pas d’une femme. Je n’ai pas pu me sentir fière d’être la première femme diplômée de mon groupe, ni de la reconnaissance de mon Mestre. Je n’ai pas pu fêter mon diplôme, j’ai dû plutôt le cacher et dissimuler mon titre. Et pourtant ce diplôme je le dis fièrement aujourd’hui : c’est le fruit de beaucoup de travail et d’investissement!

Ce qui m’a aussi beaucoup marqué c’est d’avoir eu la possibilité de rencontrer des mestres anciens et d’avoir eu la chance de voir des rodas avec toute la « crème » de la capoeira Angola! Malheureusement j’étais très « jeune » en capoeira, c’est seulement maintenant que je comprends quelle chance cela a été! À l’époque je ne savais pas et je ne comprenais pas tout ce que mon Mestre me transmettait en m’amenant voir tout ça! Si je pouvais remonter le temps…

 

As-tu déjà participé à des rencontres féminines de capoeira? Si oui, quel est ton ressenti?

Oui je participe (en tant qu’élève) chaque année au « Women Capoeira Angola Eastermeeting » de l’Academia Jangada, organisée par Contramestra Suzy à Berlin .

Cela a changé ma vie ! Non pas parce qu’il n’y a que des femmes, (d’ailleurs ce n’est pas le cas) mais parce que voir autant de femmes, diplômées ou pas, faire de la capoeira c’est simplement incroyable et une source d’inspiration d’une richesse énorme. Aussi car l’échange, le partage d’expérience m’a rendu plus forte, surtout quand je me suis rendu compte que j’étais loin d’être la seule à avoir les mêmes problèmes. Puis, voir ces femmes me permet de ne pas baisser les bras dans les moments difficiles, d’être fière, d’être engagée pour les femmes et en tant que femme dans la capoeira (avec les hommes aussi bien sûr), de prendre confiance en moi, en ma capoeira et surtout continuer à me dire que j’ai beaucoup, beaucoup à apprendre!

 

Penses-tu que l’image de la femme capoeriste a évolué depuis que tu as commencé?

Oui, beaucoup ! Ces dernières années on voit enfin des femmes tenir des académies, être diplômées de la même manière que les hommes, participer à des workshops en tant qu’intervenantes, être reconnues et respectées en tant que capoeiristes. Les mentalités changent lentement, mais je crois que ça commence peu à peu à devenir obsolète et mal vu de se montrer misogyne dans la capoeira. Malgré qu’il reste encore beaucoup de progrès à faire!

 

As-tu déjà pris part à des projets sociaux-éducatifs/culturels (professionnel ou bénévole) dans ton groupe ou ailleurs avec comme base la capoeira et sa culture?

Oui, beaucoup! Cela est pour moi essentiel, autrement la capoeira perd son sens! Pour moi c’est central dans mes choix comme Treinel. Je mobilise toujours le groupe, mes collègues Treineis et le Mestre autour de projets qui me tiennent à cœur. En ce moment ce sont les réfugiés car je travaille avec des demandeurs d’asile. Et aussi un projet que nous menons avec Treinel Remi en Éthiopie avec des enfants dans un orphelinat. Mais au GCAC je crois que c’est depuis toujours. Mestre Barba Branca a créé le GCAC autour d’un projet social qui a plus de 30 ans, donc nous continuons sur la même lignée depuis très longtemps.

 

Penses-tu qu’il soit plus difficile de faire sa place en tant que Treinel/Mestra femme dans la capoeira angola comparé à la capoeira dite « contemporaine » où les Professora et Mestra sont un peu plus représentées?

Je pensais que oui, mais je me pose la question. En même temps je ne connais pas assez la situation de la femme dans la capoeira contemporaine. Je sais qu’il y a beaucoup plus de femmes diplômées qu’en Angola, mais est-ce que cela les protège des comportements misogynes, ou discriminatoires? Je ne sais pas.

Je vois parfois des choses qui m’attristent dans la capoeira contemporaine, qui ne sont pas mieux que dans la capoeira Angola. Je crois qu’on devrait échanger plus autour de cela. Je me demande si les difficultés ne sont pas forcément les mêmes, ou aux mêmes niveaux. Mais après réflexion, je pense que oui, nous sommes confrontées aux mêmes choses et que cela dépend aussi des groupes et du Mestre! J’ai entendu pas mal de choses sur la capoeira contemporaine et je me demande si elles ne sont pas plus exposées à la violence physique que nous! Je ne sais pas, je crois que je vais lancer le débat! C’est une bonne question!

As-tu déjà reçu  des réflexions ou attitudes « machistes » dans ton parcours? Si oui, quelle a été ta réaction ?

Tellement, que je crois que j’ai fini malheureusement par les banaliser. Souvent je gardais le silence, parfois je m’énervais, parfois je ne réagissais même pas, mais cela à chaque fois remettait en question beaucoup trop de choses par rapport à moi en tant que capoeiriste et par rapport à l’image que je voulais avoir de la capoeira ! Maintenant j’ai décidé de ne plus les tolérer! Vraiment plus jamais!

Mais je tiens à préciser que j’ai aussi reçu beaucoup de soutien et encouragements de la part des hommes dans la capoeira, certains Mestres, Contramestres, Profs, Treinels (du GCAC et d’autres groupes) et mes « frères » de capoeira m’ont toujours respecté.

 

Selon toi quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste ?

Beaucoup de patience avec soi-même. Il faut savoir se remettre en question aussi, très souvent, et il faut se montrer forte en même temps, mais ne jamais dénigrer le fait d’être une femme. Bien au contraire, il faut en faire une force, mais surtout il faut habiter votre capoeira! Peu importe le niveau technique, le nombre d’années, etc. si vous êtes « là », présente et vivante dans votre jeu, il sera forcément beau.

Penses-tu qu’une femme doit jouer différemment d’un homme ?

Non, mais les différences existent entre femmes et hommes, et entre individus. Faire de la capoeira implique d’avoir un jeu qui nous représente, alors c’est normal que la féminité soit représentée dans nos jeux!

Quelle est ta philosophie de vie ?

Toujours être juste, mais sans pour autant tout tolérer. Je crois de plus en plus que nous manquons trop d’empathie et de compréhension, mais aussi d’engagements envers les autres. Alors j’essaye comme tout le monde de trouver un équilibre. Mais surtout et avant tout: la vie est trop courte, et on en a qu’une seule, alors il ne faut pas perdre de temps et profiter de chaque instant.

Comment vois-tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois-tu aussi?

J’espère que dans 20 ans on aura réussi à faire le deuil des Mestres qui sont en train de partir et qui étaient et sont les dernières bibliothèques vivantes de la capoeira. J’espère qu’on trouvera l’équilibre entre les traditions qu’ils nous auront légués et les changements qui sont imminents à une capoeira qui est maintenant mondiale et multiculturelle.

J’espère que quand les futurs capoeiristes raconteront l’histoire de la capoeira elle sera empreinte du passage des femmes, et qu’elles figureront dans le panthéon de la capoeira aux côtés des grands Mestres.

Moi dans 20 ans je me vois petite vieille, avec les yeux qui continueront à briller comme un enfant chaque fois que j’entendrai le son du berimbau.

Ah oui j’oubliais ! et je pourrais voyager dans le temps, pour apprendre à jouer du berimbau avec Mestre Waldemar, aller aux rodas de Mestre Lua de Bobo, voir comment mon Mestre était quand il était Treinel, bref, tout voir!

Combien d’heures par semaine consacres-tu à la capoeira ?

Par semaine je consacre entre 8 heures et 10 h, sans compter les rodas, stages et autres. Mais c’est normal car je donne des cours et cela prend du temps!

 

C’est important pour toi  de rester féminine dans la roda ?

Je dois avouer que oui! Même si par fierté je pourrais dire « non je m’en fous », ce n’est pas vrai! J’aime bien faire attention, je me prépare pour la Roda! Normal c’est un rendez-vous important! Même si après 10 min de capoeira on dirait que j’ai décidé de courir le marathon le jour de la tempête Catrina! (rires)

Et j’avoue que je passe la plupart de ma semaine en tenue de capoeira qui,  chez les angoleiros est très « sobre » et unisexe: pantalon noir, tee-shirt du groupe… donc je mets un peu de moi, ma touche personnelle, ça me fait me sentir bien et ça fait partie de mon rituel d’avant Roda! Même si je sais que ce n’est absolument pas nécessaire, mais qui n’a jamais vu les Mestres Angoleiros sortir leur plus beau chapeau et leur plus belle chemise pour la roda?

Mais la féminité dans la roda passe aussi par d’autres choses, une présence, l’énergie qu’on apporte!

Quelle est ta chanson de capoeira préférée?

J’en ai plein, j’aime beaucoup chanter « Foi na Bahia » mais en ce moment je bloque sur une Ladainha! « Prece para Iemanja »

 

Quel message donnerais-tu aux capoeiristes feminines?

Je crois que maintenant c’est entre nos mains, on doit créer notre histoire et notre place dans la capoeira, cela ne dépend que de nous! Soyez attentives, respectueuses envers vous-mêmes, un diplôme, un titre ou une tradition ne doivent pas servir de justification à n’importe quel comportement à l’encontre d’un capoeiriste, femme ou homme! Et ne reproduisez pas ces comportements au nom d’un soi-disant fondement. Car le « fundamento » dans la capoeira ce n’est surement pas cela. Beaucoup de Mestres anciens vous le diront.

Derrière chaque Mestre, chaque académie, ce sont des femmes qui ont permis aussi et permettent encore de maintenir la capoeira vivante, cela s’est fait souvent dans l’ombre; maintenant quand on regarde le chemin fait par les femmes capoeiristes, nous pouvons en être fières!

Alors allez-y, trompez-vous, tombez, prenez-vous des coups, chantez faux, souffrez en tenant le berimbau, enragez car vous avez trouvé votre jeu nul, sentez cette boule au ventre avant chaque jeux, tordez-vous de douleur après un entrainement, car c’est ça qui fait notre force à nous les femmes…on peut tout surmonter !

Puis une fois les difficultés passées, prenez votre place de capoeiriste fièrement car vous l’avez vraiment mérité.

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RDV le mois prochain pour une autre interview et d’ici là à bientôt pour un nouvel article! Bonne semaine les guerrières 🙂

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L’Interview du mois: Professora Chiclete

Toute première interview d’une angoleira dans cette rubrique! Ce mois-ci j’ai choisi de vous présenter professora Chiclete du groupe Angoleiros do Mar. Je l’ai rencontré au Natal Capoeirando du groupe Arte Negra à Bordeaux en décembre dernier et j’ai halluciné quand je l’ai vu jouer. Une ptite minette élancée qui ne paye pas de mine se transforme dans la roda en une angoleira pleine de malice, de style et de technique . J’ai vraiment adoré la voir jouer et l’observer en dehors de la roda. Je trouve qu’il est difficile d’être une prof de capo quelque soit le style mais particulièrement en capoeira angola ou le poids des traditions et des vieilles habitudes ont la vie dures et c’est pourquoi je voulais avoir le point de vue de Chiclete sur ces différents aspects. Je vous laisse découvrir  son parcours et sa vision de la capoeira.

Professora Chiclete

Professora Chiclete

Peux tu te présenter : Nom de guerre, grade, groupe, ville?

Je m’appeler Julie Flipo ou « Chiclete » (traduction chewing gum) en Capoeira.

Je suis « professeur » du groupe Angoleiros Do Mar à Lille dans le Nord de la France.

Le groupe Angoleiros Do Mar a été fondé en 1998 sur l’ile d’Itaparica dans l’Etat de Bahia par Mestre Marcelo Angola.

Quand et comment as tu connu la capoeira ?

J’ai découvert la Capoeira en 2001 à México dans l’Université ou j’étudiais. C’est là que j’ai rencontré Mestre Marcelo Angola.

Quelle a été ton évolution dans la capoeira et quel est ton rôle au sein de ton groupe?

J’ai pratiqué 2 ans avec Mestre Marcelo Angola à México puis 1 an à l’école de l’ile d’Itaparica , puis j’ai fondé en France, en 2004, avec l’aide de Contra-Mestre Bizarro, l’école de Capoeira Angola de Lille.

En 2009, j’ai repris les rennes de l’Ecole seule, je suis d’abord passé « Trenel », puis « Professeur ».

Mais dans notre groupe, les « grades » n’ont pas tellement d’importance. Ce qui importe c’est ta « vivencia », ton vécu et ton implication dans l’histoire du groupe.

 Quels étaient tes objectifs initiaux quand tu as commencé ?

Au début, je pratiquais pour moi !

J’aimais profiter des énergies de la Capoeira, des amis, des rencontres…

Puis, rentrée en France, je n’avais pas le choix : pas de Capoeira Angola dans ma ville…

J’ai du faire en sorte que la Capoeira Angola puisse me suivre jusqu’à Lille !

Comment est venu ton nom de capoeriste ?

J’ai été gymnaste dans mon enfance, à un niveau national pendant quelques années.

Quand Mestre Marcelo m’a rencontré, à 18 ans, j’étais encore très souple !!

D’ou le nom « chewing gum » :=)

Y’avait il beaucoup de femmes capoeiristes dans ton groupe quand tu as commencé ?

A l’époque, les cours mélangeaient autant de femmes que d’hommes

A cette époque, quelles étaient tes inspirations femme dans la capoeira ?

J’avais une professeur réfèrente sur l’ile d’itaparica : Brisa

A ce jour, elle a malheureusement arrêté….

Sinon : aucune !Et encore très peu à ce jour :=(

Quel moment t’a le plus marqué jusque là  dans ton parcours de capoeira ?

Je pense qu’il n’y a pas de moment précis…

L’apprentissage de la capoeira et un long chemin ! et c’est toute sa durée et sa difficulté qui en fait sa puissance.

As-tu déjà participé à des rencontres féminines de capoeira? Jusqu’à aujourd’hui, non

Je n’étais pas « pour »….

Capoeira e pra homem, menino e mulher

Il n’est selon moi pas nécessaire de distinguer les genres, c’est une réponse du même ordre que le machisme

Je refuse de répondre à la ségrégation par la ségrégation

Je pense que toute femme a sa place dans une rencontre, elle doit simplement se battre 2 fois plus qu’un homme pour obtenir son espace !!

Là Cependant, dans 2 semaines, je vais participer à mon 1er évènement de femmes.

Je vais aller ressentir l’énergie, mieux vaut tester les choses avant d’en parler…

Je t’en reparlerai après…. :=)

Penses tu que l’image de la femme capoeriste a evolué depuis que tu as commencé?

L’image de la femme capoeiriste n’a pas « évolué » depuis 2000, elle s’est simplement « créée » !!

Car, sauf erreur de ma part, les femmes n’ont même pas 30 ans dans la Capoeira !!

Nous sommes la 1ère génération de femme à avoir réellement accès à la Capoeira et à ce qu’elle peut apporter…

Nous avons beaucoup de responsabilité sur les épaules, et peu ou presque pas de « référence »

Est-ce difficile de faire sa place comme professeur de capoeira angola quand on est une femme?

Il est difficile de faire sa place dans n’importe quel milieu professionnel lorsque l’on est une femme en général.

Il est clair que la Capoeira étant une culture essentiellement masculine depuis des décénnies, c’est encore plus difficile

Sans oublier que la Capoeira vient du Brésil, le seul pays au monde qui a une police spéciale pour les femmes «délégacia da mulher » et une loi spéciale pour les violences conjuguales (lei Maria da Pena), donc oui un pays quelque peu « machiste »

Donc, comme je l’ai dit précédemment, pour moi, une femme a accès à tout, mais elle doit fournir 2 fois plus d’efforts pour le prouver !

Quelles difficultés as tu dû surmonter (essayes tu toujours de surmonter) dans ton parcours?

Il est difficile d’obtenir une certaine valorisation de ta « force »

Certes, les femmes n’ont pas la même « force » physique que les hommes et nous ne l’aurons jamais, mais la femme possède d’autres « forces » bien plus subtiles qu’elle doit pouvoir mettre en avant.

Le fait de ne pas te laisser l’accès au chant dans certaines écoles, de ne pas te laisser jouer plus de 30 secondes…

Ou les mouvements machistes durant le jeu de Capoeira : l’homme qui balance son bassin sur ton visage dans une position ou tu es rabaissée physiquement, ou bien l’homme qui profite de son poids pour rester assis sur toi dans une position de faiblesse physique pendant le jeu… bref, quelques difficultés oui.

En plus d’être une femme, je suis française (non-brésilienne) et également « blonde » ! La discrimination est parfois tellement facile :=)

As tu déjà pris part à des projets sociaux-educatifs/culturels dans ton groupe ou ailleurs avec comme base la capoeira?

Le travail depuis 2004 à Lille est entièrement mélé à un projet socio-éducatif sur l’ile d’Itaparica.

Les différents professeurs du groupe que nous appelons pour travailler en Europe viennent tous de conditions de vie difficile et la Capoeira leur permet aujourd’hui de faire vivre décemment leurs familles restées au Brésil.

De plus, tous les ans, les enfants de l’ile qui pratiquent la Capoeira, ont la possibilité de rencontrer des Capoeiristes du monde entier en Janvier et Février qui viennent s’entrainer dans l’Ecole de l’ile avec Mestre Marcelo. Certains élèves comme India du Chili donne des cours de diverses matières pendant ces 2 mois, d’autres enseignent la percussion, l’artisanat et tous les ans, tous les étrangers participent à  des dons de vêtements, chaussures et autres.

Le groupe Angoleiros Do Mar est très lié à travers le Monde et surtout avec sa base sur l’ile d’Itaparica.

Tu vas régulièrement au Brésil, parles nous un peu de cet attachement que tu as avec ce pays et ce peuple.

Je vais au Brésil tous les ans depuis 14 ans, au moins 1 mois oui

Il est nécessaire de recharger les batteries dans la maison mère.

Et surtout de continuer le lien avec l’Ecole de l’ile et des Rodas des anciens maîtres à Salvador

L’arbre, s’il veut continuer à fleurir, ne peut couper ses racines :=)

Te vois-tu y faire ta vie plus tard?

J’y ai déjà vécu 1 an…

Pour l’instant, je ne souhaite pas y vivre toute l’année.

La réalité là-bas est autre, les conditions de vie assez difficiles

Pour le moment, j’aime bien cette dualité France l’été et Bahia l’hiver :=)

Développes-tu des échanges intercontinentaux entre tes élèves de Lilles et de l’Ile? 🙂

Oui, la plupart de mes élèves ont compris que s’ils voulaient être de « vrais » capoeiristes, il fallait aller découvrir son essence, donc aller au Brésil, et encore plus, sur l’ile

Tous les ans, entre 4 et 5 d’entre eux me suivent là-bas

Inversement, nous invitons tous les ans un professeur de l’ile à venir en Europe pour échanger.

Selon toi, quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste ?

Hargneuse, déterminée, courageuse, et surtout comme pour tout autre activité HUMBLE…. Le chemin est très long !!!

Penses-tu qu’une femme doit jouer différemment d’un homme ?

Ce n’est pas qu’elle « doive » jouer différemment  c’est qu’elle « ne peut pas » jouer comme un homme !! Et tant mieux car ce n’est surtout pas le but !

Le jeu de Capoeira c’est 80% de psychologique et on sait tous que la femme possède en elle une force mentale assez puissante.

Elle doit être très courageuse pour affronter des personnes faisant parfois le double de son poids, mais elle peut aussi en tirer partie rapidement !

La femme possède des qualités impressionnantes de rapidité, flexibilité et surtout d’intelligence qui lui permet d’avoir une palette de jeu très ample !!

Quelle est ta philosophie de vie ?

Nao se consegue nada sem sofrer….

Plus c’est dur, plus ce sera bon à la fin :=)

Comment vois-tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois-tu aussi?

Ma philosophie : deixa vida me levar…

Aucune idée, seul Dieu sait… et je lui laisse les rennes…

Combien d’heures par semaine consacres-tu à la capoeira ?

A la Capoeira ? 12h par jour 7 jour/semaine

A la pratique de la Capoeira ? au moins 10h et si Festival le week-end alors 10h de plus :=)

C’est important pour toi  de rester féminine dans la roda ?

La féminité c’est une manière d’agir, de penser et d’être. C’est la « mandinga » des femmes.

La féminité est donc un atout à conserver dans toutes les situations de vies

A ne pas confondre avec les « démonstrations de féminité » (maquillage, bijoux, décolleté et autres dessous inappropriés…)

Je déconseille ces atours pendant la Roda, car déjà ils peuvent être dangereux (dans le cas de la boucle d’oreille ou de la bague qui arrache le membre), mais aussi parce qu’ils peuvent déplacer l’attention des « specateurs » au mauvais endroit et donc ne permettra pas la vraie mise en valeur de la Capoeira de l’intéressée

Finalement, j’ai un rapport assez « spirituel » avec la Capoeira, et j’aime lui monter un certain « respect » pendant la roda et je pense que la sobriété en fait partie….

Quelle est ta chanson de capoeira préférée?

Deixa que eu levo meu barco pro mar

Le mostro o que deve fazer

Assim quando eu nao aguentar

Voce ja sabe o que fazer

Traduction :

Laisse-moi emmener mon bâteau en mer

Je te montre comment il faut faire

Comme ça quand je n’aurai plus de force

Tu sauras comment faire

J’aime cette chanson car elle parle de moments de faiblesse dans ton parcours de Capoeiriste, et de création de lien de confiance avec certaines personnes, qui, au moment ou tu en auras besoin, seront là pour t’aider, te soutenir

Quel message donnerais-tu aux capoeiristes feminines?

Ne nous battons pas de manière ostentatoire pour obtenir du respect ou de la place

Prenons notre place subtilement et lentement à coup de travail dur et de sueur

Le respect s’obtient en prouvant votre détermination silencieuse et continue…

Tem mulher na roda !

Où peut-on te retrouver ?

Si quiser me ver, vai no « Fofocabook » (FB): « chiclete angoleiros do mar lille »

Ou sur www.capoeira-lille.com

 Et si vous souhaitez en savoir encore plus sur Professora Chiclete, vous trouverez ICI une autre interview (et oui elle est très demandée cette demoiselle!) ou elle se raconte un peu plus.

Bonne lecture les guerrières!

Mestra Suelly, The Making of a Mestra

En ce 1er mars, je vous propose de découvrir une référence en matière de capoeirista:  Mestra Suelly. Hélas je n’ai pas encore eu l’occasion de l’interviewer mais je crois e les doigts de le faire un  jour. Que dire de Mestra Suelly?…. on pourrait faire un blog entier sur elle (comme sur beaucoup d’autres Mestra de capoeira). Plus de 30 ans de pratique de la capoeira et 1ere femme américaine à recevoir le sacré graal, le titre de Mestra. En septembre dernier elle achevait une aventure incroyable : relier Berkeley (Californie) à Bahia (Nordeste-Brésil) à vélo en compagnie de son compagnon de toujours, Mestre Acordéon (et de quelques uns de leur disciples).  A travers ce texte de Mestre Acordeon vous allez découvrir une guerrière, en plus d’avoir le point de vue de Mestre Acordeon sur les femmes dans la capoeira et en prime une belle déclaration d’amour entre les lignes.

« Le « Iê » de Mestre Joel avait complètement inondé la pièce tel le cri d’un puissant guerrier ralliant ses soldats, faisant ainsi régner le silence autour de lui. Ce cri était fort, mais  doux et rauque à la fois,  comme du cristal que l’on faisait vibrer d’émotion. Toutes les personnes présentes dans la pièce à ce moment là ont ressenti cet instant. Ils étaient silencieux, attendant le moment où viendrait la ladainha. Je touchais le sol, sous le berimbau gunga, capturant ainsi de mes mains l’axé que je lançais au loin tel le pécheur qui lance un filet, ou le paysans semant ses graines sur une terre fertile.

En écoutant l’appel de Mestre Joël , mon corps entier eut  la chair de poule et j’ai commençais le chant  avec une infinie émotion:

« Tava la em casa, o Iaia

sem pensar nem imaginar

Tava la em casa, o laia

sem pensar nem imaginar

Quando ouvi bater na porta

Quando ouvi bater na porta, o iaia

Salomao mandou chamar

Pra ensinar a capoeira » …

Au milieu de la chanson, je n’avais pas bien articulé le mot ‘capoeira’, ce mot s’est perdu au milieu d’autres  sons incompréhensibles. J’avais soudain l’impression que mon cœur gonflait tellement  qu’il n’arrivait plus à tenir dans ma poitrine. S’en suivi une sensation de vertige comme soufflé au milieu d’une tempête qui me fit presque abandonner le jeu. Mestre Suassuna reprit alors le chant. Tout ce que j’avais à faire à présent était de jouer ma capoeira.

suelly9

Suelly (Suellen Einarsen) a commencé la capoeira en 1982. C’était une de mes premières élèves aux Etats Unis. Malgré le fait qu’elle soit débutante en capoeira, la qualité de ses mouvements ont toujours reflétés la technicité d’années de pratique de danse. Son chemin dans la capoeira était parallèle à sa carrière de danse moderne. Cependant, jamais ces deux disciplines ne se mêlèrent. Selon elle, les mouvements de capoeira ne devaient jamais être sortis de leur contexte dans le but d’enrichir une chorégraphie de danse. Inversement, sa capoeira ne se transformait jamais en danse uniquement.

Sans aucun doute, la capoeira rassemble pleins d’éléments : danse, musique, combat, théâtre, rituel, tradition et philosophie. Mais par essence, la capoeira est un combat ritualisé qui fonctionne comme un moyen d’expression individuelle à travers laquelle le capoeiriste lutteur,  philosophe, et finalement  artiste qui pratique son art avec son propre corps, ses émotions, son esprit, se retrouve avec lui même. Tout comme chaque chose dans la vie qui balance d’un côté ou d’un autre, Suelly à l’avantage et l’inconvénient d’être ma femme, ma compagne de tant de voyages et d’aventures. D’un côté, sa familiarité avec la capoeira s’en est trouvée enrichi par cette intimité, cette osmose. De l’autre côté, elle a souffert et continue de souffrir de l’immense pression de mes critiques. La manière dont je vis et ressens les choses font que c’est comme si elle était une extension de moi même, subordonnée à la même discipline que je m’impose dans la capoeira.  Je ne suis pas perfectionniste, mais j’exige toujours de moi même le maximum que je puisse donner. Après avoir suggéré l’idée et avec l’accord des autres mestres présents à notre dernier batizado, Mestre Ra a décidé qu’il était temps pour la Contra-Mestra Suelly de devenir Mestra de capoeira. Sans aucun doute, sa dévotion à la capoeira, son expérience et la qualité de son jeu ont justifié cette décision. Au delà de ca, c’est l’une des meilleurs professeurs dans notre académie et un bien meilleur enseignant que moi.

Donc, avec l’accord des Mestres Suassuna, Joel, Gato, Preguiça, Deputado, Bandeira, Amen, Efraim, Roni, Barrão, Pescoço, et Urubu et avec la bénédiction de tous les orixas, tout ce qui me restait à faire à cet instant précis, était de jouer ma capoeira. Une fois encore, nous nous sommes retrouvés au pied du berimbau. La musique de capoeira n’a jamais paru aussi belle et profonde à mes yeux qu’à cet instant. Un grand nombre de personnes présentes ce jour là ont mesuré la dimension de ce moment si spécial. Certains, submergés par l’émotion en ont même pleuré. La première femme capoeiriste née aux États-Unis était sur le point d’être rebaptisée. Qu’est ce que ce moment allait réellement signifier ? Une marque dans l’histoire de cet art traditionnellement masculin qui malheureusement se comporte toujours d’une manière sexiste et intolérante ? Sans aucun doute, un parallèle existe entre le peuple brésilien et américain en termes de diversité culturelle et raciale. Cependant si on regarde les droits sociaux, nous brésiliens, sommes loin derrière.  Malgré tout, le difficile combat pour l’égalité homme- femmes continu aux États-Unis tout comme au Brésil. Mais à cet instant précis, au pied du berimbau, Suelly est devenu le symbole d’une autre victoire féministe : un exemple des possibilités qui peuvent se réaliser au son du berimbau.

mestra suelly mestra acordeon

mestra suelly mestra acordeon

Aujourd’hui ma mémoire n’est plus aussi jeune, elle ne me rappelle que les jeux que j’ai joué. Cependant il m’est impossible de me souvenir de ce jeu avec Suelly. Ce qu’il me reste en mémoire est l’essence de ce moment : l’émotion, la valeur donnée à tant d’année de travail, et l’espoir qu’un précédent venait d’être créé : la reconnaissance que le travail, la connaissance et la dévotion à l’art de la capoeira est capable de briser les barrières de la race, du genre, des frontières et d’unir chacun de nous au sein d’une même famille. Puissions nous tous être frères dans la capoeira »

source : article « Mestra Suelly, The making of a Mestra » by Mestre Acordeon »  (traduction Iguana)

Découvrez le projet Berkeley to Bahia ICI

Que vous inspire cet article? En ce mois de mars « consacré » aux droits des femmes dans le monde, laissez vos comm 🙂

Et RDV sur  Instagram pour me suivre en photo au quotidien et sur Facebook pour des articles en exclu et des bonus  🙂

Interview du mois: Professora Minha Velha

***For interview in English, please scroll down***

Tic-tac tic-tac, il me reste que très peu de temps pour poster la dernière interview de 2014 et je tenais absolument à vous présenter Professora Minha Velha, une de mes inspirations dans la capoeira. Je l’ai découverte il y a quelques années alors qu’elle sortait son 1er CD et j’ai tout de suite était séduite par son côté humain, humble et artistique. C’est une personne qui irradie et qui participe à faire de la capoeira un cercle vertueux. En cette veille de nouvelle année elle nous apporte sa vision et son message plein d’amour et de partage. Je vous laisse la découvrir.

Dana Maman

Peux-tu te présenter : nom de guerre, grade, groupe, ville ?

Je m’appelle Dana Maman (ndlr: prononcez « mamane ») et dans la capoeira je suis Minha Velha. Je suis Professeur 3eme niveau (dernier cycle avant le grade de Contra-Mestre) dans le groupe Capoeira Batuque sous la direction de Mestre Amen Santo. Je dirige mon école de capoeira : Capoeira Batuque South Bay à Hawthorne en Californie.

Comment et quand as-tu connu la capoeira ?

Comme beaucoup d’autres personnes, j’ai vu le film « Only the strong » quand j’étais ado, je vivais alors en Israël. J’ai voulu pratiquer mais il n’y avait aucun groupe là où j’habitais. A peu près un an plus tard, un ami m’a dit qu’il y avait des cours « du truc que tu veux tant faire » dans une salle de danse des environs. J’ai commencé à m’entrainer avec Daniel Sela, celui qui a amené la capoeira en Israël. C’est assez marrant car j’ai découvert après mes 2 ans de pratique aux Etats Unis avec Mestre Amen qu’il avait contribué au film Only the Strong!

Quel(s) rôle(s) as-tu au sein de ton groupe ?

Au fur et à mesure que j’évoluais dans la capoeira j’avais pas mal de responsabilités dans notre académie de Culver City. Je participais aux shows avec la troupe de danse de Mestre Amen, j’enseignais les cours de capoeira aux enfants, les cours de percussions ainsi que les cours de musique pour les élèves avancés et j’assurais aussi les cours lorsque Mestre Amen voyageait. J’ai appris énormément en étant dans ces rôles là. Et au fil des années, j’ai monté ma propre académie et à présent je dirige la branche de South Bay à Hawthrone.

Quels étaient tes objectifs lorsque tu as commencé la capoeira ?

C’est assez drôle car quand j’ai commencé la capoeira je n’avais aucun objectif. Je prenais plaisir à m’entrainer et je voulais m’entrainer encore plus. Lorsque j’ai eu fini mon service militaire (ndlr : En Israël le service militaire est obligatoire même pour les femmes) j’étais beaucoup plus déterminée et j’ai commencé à vouloir vraiment m’améliorer.

Comment t’est venu ton surnom de capoeira?

Minha Velha est un surnom affectueux que l’on donne en général à sa maman. Ca a commencé comme une blague : un jour alors que nous terminions un show, j’ai attendu que Mestre Amen ramène la voiture afin d’y ranger les instruments. Lorsqu’il m’a vu assise là il m’a dit « allons-y Minha Velha » et depuis ce jour c’est resté et ça a pris plus de sens. Il dirait que je fais les choses et j’agis comme une vieille dame, que j’ai une âme ancienne. Mais mon commentaire préféré en référence à ce nom fût lorsqu’une personne qui ne connaissait pas mon surnom a essayé de me décrire à un ami, il a dit : « tu sais cette fille qui, quand elle chante, a une voix de  mama africaine »

Lorsque tu as commencé la capoeira, il y avait beaucoup de femmes ?

Non, il n’y en avait pas beaucoup dans mon école. Il n’y avait aucune fille avec un niveau avancé qui persévérait dans la pratique. Parfois j’étais la seule fille dans le cours avancés.

A cette époque, quelles étaient tes inspirations féminines dans la capoeira ?

Je crois qu’une des femmes que j’ai toujours aimé et admiré était Contra Mestra Fogueira de Berkley UCA (ndlr :United Capoeira Association). Elle s’est installée ici à Los Angeles pour ses études et nous sommes devenu amies et partenaires d’entrainement à l’académie de Mestre Amen. Je l’ai toujours considérée comme une grande capoeiriste et une personne humble et formidable. Elle a un très bon niveau mais elle ne se prend pas trop au sérieux. Elle m’a beaucoup aidé lors de moments frustrants au fil de ma formation de capoeira. A part elle, j’ai beaucoup de respect pour Mestra Suelly (ndlr : 1ere femme à recevoir le titre de Mestre aux Etats Unis et femme de Mestre Acordeon). Elle représente en fin de compte les défis auxquels nous sommes confrontées dans la capoeira (être une femme, trop petite, trop grande, non-brésilienne etc…) et qui nous rendent plus fortes. Je sais que j’ai eu des moments où c’était dur donc je n’ose même pas imaginer ce que cela a dû être pour elle à son époque avec très peu de femmes dans la capoeira. J’ai énormément de respect pour sa persévérance et sa présence dans cet art.

Quel a été le moment le plus marquant jusque là dans ton parcours de capoeiriste?

Il y en a eu tellement, c’est très difficile de choisir : A mes débuts, être enfin capable  de faire une roue ; recevoir ma première corde ; la rencontre de mon meilleur ami (qui deviendra plus tard mon mari) lors d’un cours ; voyager pour des événements ; être invitée pour la première fois en tant que prof ;  faire mon premier CD ; me rendre au Brésil seule ; être capable de faire des sauts périlleux après m’être rétablie d’une fracture de la clavicule ; réussir enfin un mouvement après trois ans de tentatives acharnées ; recevoir une lettre de remerciement de la part d’un élève ; avoir mes propres cours ; avoir plus d’une personne à mes cours… la liste est encore longue.

As-tu déjà participé à des évènements 100% féminins ?

Oui, j’y ai participé plusieurs fois et j’ai également été invitée à donner des cours dans plusieurs d’entre eux.

Quel est ton avis sur ce type d’événement ?

Je crois qu’il y a de bons côtés. Lorsque j’étais plus jeune dans cet art j’ai appris beaucoup lors de ces événements. A présent, je vois cela de manière plus critique. Pour moi les femmes doivent avoir une place dans la communauté capoeiristique tout au long de l’année. Parfois ces événements participent à ce que les modèles d’exclusions perdurent. Aujourd’hui dans tous les groupes, les Batizados sont dirigés et dominés par des hommes et avec une énergie spécifique, mais ils accordent une journée par an pour les femmes. C’est presque comme si les femmes n’avaient pas réellement leur place durant l’évènement majeur qu’est le Batizado mais on ferait toutes « comme si » un jour par an. Ce n’est pas toujours ainsi et je dois saluer à cette occasion Professora Pavao qui, cette année, a réuni d’excellents capoeiristes (qui se trouvaient être des femmes) au Batizado du groupe CBLA (ndlr : Capoeira Brasil Los Angeles). Je trouve que c’est un geste fort. Je participe à ces événements féminins et à cette occasion je rencontre des filles qui valorisent ce genre d’évènements et qui sont réellement inspirées et se sentent à l’aise pour jouer davantage dans la roda. C’est juste que ca parait tellement artificiel comme environnement, ce qui n’est pas un mal en soit mais nous devons je pense nous en éloigner. Nous devons affirmer notre place dans la communauté capoeiristique qui inclut les hommes et les femmes.

Penses-tu que l’image de la femme a évolué depuis que tu as commencé la capoeira ?

Bien sur que ca a changé, rien ne reste figé. Tant que les femmes continuent à s’entrainer et à prendre leur place de leader dans la communauté capoeiristique, le futur ne pourra en être que meilleur.

Qu’est ce que la capoeira t’a apporté ?

La capoeira m’a apporté et m’apporte encore tellement de choses ! Le plus évident est : la santé, la communauté, des amitiés. Elle m’a donné une carrière professionnelle qui m’a permis de voyager et de rencontrer des personnes qui sont devenues chères à mon cœur. J’ai rencontré mon mari grâce a la capoeira (bien qu’il ne soit plus trop dans ce milieu à présent) et j’ai survécue à ma 1ere année aux Etats Unis en tant qu’immigrante grâce à la capoeira et la communauté que j’y ai trouvé autour d’elle. Une autre chose que la capoeira m’a apporté, est un grand sens de l’humilité, apprendre à tomber, se relever, recommencer, parfois même devant mes professeurs, mes ainés, mes élèves, parfois 2 fois le même jour, 2 fois par semaine pendant 3 ans avant de réussir finalement. Ce sens de la réussite est un autre truc très marrant que la capoeira m’apporte. Je pense qu’à son top, cet art me force à être dans le moment, de m’évader. Il n’existe pas beaucoup de chose qui me mette dans cet état

Tu es une excellente percussionniste, est ce que tu a appris grâce à la capoeira?

Je fais de la musique depuis que je suis très jeune. J’ai commencé par le violon classique que j’ai pratiqué pendant 13 ans. A la même époque j’ai pratiqué les percussions orientales. Avec la capoeira je gravitais autours de la musique car j’adorais et avais pratiqué depuis toute jeune. J’ai aussi toujours adoré chanter. Je chantais toujours pendant que je faisais les corvées à la maison, à un point tel que ma mère devait parfois me faire taire. Lorsque j’ai connu le groupe Batuque en venant à L.A. je suis tombé encore plus amoureuse de la musique. J’ai commencé à apprendre les percussions afro brésiliennes avec Mestre Amen. Donc pour ce qui est de la découverte de la musique afro-brésilienne je remercie mon professeur et la capoeira. J’adorais tellement que je pratiquais sans cesse et c’est ainsi que je me suis amélioré. C’est la raison pour laquelle je dis à mes élèves de mon cours de musique que la première chose à faire est d’écouter beaucoup de musiques, de trouver ce que l’on aime et en tomber amoureux. Et c’est à ce moment là que les progrès sont inévitables.

Parles nous un peu des 2 CD que tu as fait, comment a surgit l’idée ?

J’ai fait mon premier CD grâce à une collecte de fonds. J’avais besoin d’argent pour aller au Brésil car je voulais faire des recherches et en apprendre plus sur la musique de candomblé et les femmes percussionnistes au Brésil. Nous avons fait ce CD sur GarageBand, pour l’enregistrement nous avions mis tout le monde dans une espèce de placard que nous avions insonorisé Prof.Muito Tempo et moi (bon, à vrai dire ce n’était pas hyper bien insonorisé :). Ca a été fait avec beaucoup d’amour et je voulais enregistrer avant que je ne parte à Bahia car je savais que ma musique ne serait plus jamais la même après ce voyage.

Le 2eme CD a été un peu mieux produit.  Nous avons enregistré quelques instruments à la fois pour garder un coté « live » et nous étions dans un studio avec du matériel de pointe, nous l’avons orchestré nous même. De plus, presque tous mes titres étaient des chansons originales, cela a été un grand boost pour moi. Le portugais n’est pas ma langue natale, j’ai du écrire les chansons et montrer les textes à des amis, pour être sûr que les paroles que j’avais écrites aient du sens. Tout ce travail en valait la peine, le CD a eu un très bon accueil et j’en suis très contente.

As-tu d’autres projets artistiques ?

Pour l’instant, je souhaite vraiment consolider mon groupe de capoeira à South Bay et développer ma carrière de chanteuse. J’ai un groupe et nous jouons les musiques que j’écris. Je joue également des musiques d’orixas. Pour ce qui est de la musique et de la capoeira, je pense qu’il faut plus de femmes leaders. C’est la raison pour laquelle développer mon école de capoeira est une priorité. J’aimerais également de tout cœur avoir un jour mon propre groupe de show folklorique, (comme j’ai fait partie pendant des années du groupe folklorique de Mestre Amen) mais composé uniquement d’enfants. Je commence déjà à travailler dessus. J’ai déjà de jeunes percussionnistes en herbe très talentueux. C’est un long processus mais nous y arriverons.

Prends tu part à des projets socio-éducatif avec d’autres publics avec comme thème la capoeira?

J’ai créé quelques projets dans le passé. J’ai enseigné gratuitement pendant assez longtemps dans un foyer d’hébergement pour femmes mais nous avons du arrêter car je commençais à monter mon groupe à South Bay. J’ai essayé de reproduire ce projet dans les alentours mais ça ne s’est pas encore concrétisé.

J’ai aussi candidaté deux fois pour un Prix sur un projet qui me tenait vraiment à cœur. Cela consistait à monter un groupe de capoeira composé d’enfants juifs et arabes ici à Los Angeles. Je l’ai organisé de telle sorte que mon cousin, Contra Mestre Versatil (qui est musulman) aurait dirigé le groupe à mes cotés. Je voulais qu’il y ait un documentaire ainsi qu’ un « journal de bord »pour raconter le processus par lequel les enfants passaient tout au long de l’année. Nous aurions commencé par des questionnaires afin de pointer les enfants qui avaient le plus de potentiel d’évolution concernant le regard qu’ils portaient sur l’Autre. J’ai l’habitude de dire que la première fois que j’ai parlé à une personne musulmane c’était dans un cours de capoeira, et (étant originaire d’Israël) je pense que cette démarche est vraiment nécessaire. Nous avons candidaté 2 fois pour ce prix et notre dossier a été rejeté pour des tous petits détails. Je me suis découragé, j’avais mon groupe à fonder donc je manquais de temps. J’ai bon espoir de reprendre cette idée dans le futur car j’ai l’intime conviction que cela serait un projet très fort.

D’après toi, quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste?

Faire le travail demandé. Si tu vas au cours et que tu fais ce qui est demandé jour après jour, année après année et à chaque fois que tu es devant d’autres capoeiristes, alors tu seras une meilleure version de toi-même. Comment les gens ne peuvent-ils pas respecter ça ?

Dans la même voie, je pense que la seule personne avec qui tu dois te comparer c’est toi-même. Sois inspirée par les autres, mais restes toi-même, la meilleure que tu puisses être ! C’est très tentant de commencer à se comparer aux autres mais ce n’est pas très productif. Enfin, rappelles toi que, peu importe ce que tu fais dans cet art (et dans la vie en général), certaines personnes t’aimerons pour ça et d’autres non. C’est comme ça, ça n’a rien de personnel, ça n’a rien à voir avec toi. Donc amuses-toi, entraines-toi dur mais amuses-toi car sinon, à quoi bon ? Parfois je me vois (ou d’autres femmes) mettre tant de pression du genre : « il faut que je fasse un solo car aucune fille ne l’a fait » ou « Il faut que je joue car aucune fille ne joue » Tu dois te surmonter mais ce sens de l’obligation n’est pas une bonne motivation. Tu dois t’amuser ET faire le travail demandé. Quiconque doit voir le verra et s’en rappellera.

Et crois tu qu’une femme devrait jouer différemment qu’un homme ?

Je crois que chacun (homme femme confondus) devrait jouer différemment dans la roda. Ca revient à être toi-même. Mon professeur est un gars de 90kg, si je jouais comme lui je me ferais probablement tuer. Nous avons tous notre arme secrète, nous devons juste découvrir laquelle.

Tu as lancé sur Facebook depuis quelques mois « The Greatest Capoeira Challenge » (ndlr : défis mensuels sous forme de vidéo dédié aux capoeiristes comme ICI ) de quoi s’agit-il et comment t’es venu cette idée ?

C’est quelque chose qui me tiens vraiment à cœur donc merci à toi de me poser la question. J’ai eu un jour une conversation avec un ami qui me disait que la mer n’était plus assez potable pour qu’il aille s’y baigner. Cette pensée m’a fait penser à mes futurs petits-enfants et au choix qu’ils n’auront peut être plus de se baigner dans l’océan. Peut être qu’il ne pourront plus s’y baigner à cause de notre mode de vie actuel. J’étais si attristé et en colère à cette idée que je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. J’ai toujours pensé que c’était un tel gâchis d’aller à des événements de capoeira où nous pouvions avoir l’attention parfois de 300 personnes (enfants, adultes, familles) pour un Batizado et ne pas attirer l’attention de ce public sur ces questions majeures. On fait de la capoeira tout un week end, et ensuite : tout le monde rentre chez lui, c’est dommage. Il y a un tel potentiel de faire de belles choses pour la planète dans la communauté capoeiristique lors de ces évènements. La Capoeira c’est l’art de la transformation, et nos océans ont désespérément besoin de nous. Ces océans et ces mers que nous chantons dans les chansons de capoeira, ces plages sur lesquelles nous nous entrainons… il est temps de redonner un peu de ce que nous prenons. Donc c’est ainsi qu’est né ce projet. C’est aussi l’occasion d’être chaque mois une meilleure version de soi-même (comme nous en avons déjà parlé plus haut). Ce projet a reçu un bon accueil et petit à petit les changements se produisent, un pas après l’autre.

Quelle est ta philosophie de vie?

La phrase qui a donné le plus de sens dans ma vie jusque là vient d’Ifa, une religion du Nigeria proche de celle du Candomblé. Cette phrase dit : « Puisse mon caractère ne pas gâcher ma destinée ». Finalement je m’efforce d’être une bonne personne, humble, ouverte d’esprit. Avoir un bon caractère nous apporte tant de belles choses ! Il y a beaucoup de gens talentueux mais c’est le genre de personne que tu es qui te fera sortir du lot et changer le monde. J’essaye de vivre ma vie en partant de ce postulat.

Comment vois-tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois tu également ?

Mon professeur dit toujours que la capoeira sera encore plus importante dans 20 ans. J’espère que c’est vrai et j’ai hâte d’y être. J’espère que dans 20 ans je prendrai toujours autant de plaisir à faire partie de cette communauté. J’espère aussi vivre bien et en bonne santé en ayant choisi la capoeira et la musique comme carrière. J’espère que j’aurais été une personne qui aura inspiré de jeunes femmes capoeiristes à grandir dans cet art et dans leur vie. Enfin, dans 20 ans lorsque certains de mes professeurs seront partis j’espère que j’aurai accompli un sérieux travail et appris dans le domaine afin d’être une bonne professeure pour transmettre à mon tour, comme on m’a transmis.

Comment d’heures par semaine consacres tu à la capoeira?

Je fais des choses en rapport avec la capoeira chaque jour. Lorsque j’ai décidé de démissionner de mon travail je me suis fait la promesse de faire de la capoeira et de la musique une activité à plein temps. Bien sur tout mon temps n’est pas consacré qu’aux mouvements. Cela peut être : lire, faire des recherches, travailler sur l’aspect business de mon école de capoeira, méditer etc… Je m’entraine tous les jours sauf le dimanche et ca comprend : la gymnastique, le cross-training, les cours avec Mestre Amen, aller s’entrainer sur la plage avec d’autres profs, et les cours de danse afro-brésilienne. Tout ceci, en dehors de cours que je donne. En général je me concentre sur l’enseignement lorsque je donne mes cours donc je ne m’entraine pas vraiment avec mes élèves. Le samedi matin je m’entraine avec eux afin de m’échauffer et me préparer pour les floreios que l’on travaille ensuite ensemble.

Est-ce important pour toi de rester féminine dans la capoeira ?

C’est important pour moi de rester moi même. Etre féminine c’est un terme tellement confus dans notre culture actuelle. Quelle est le visage de la féminité ? Est-ce Miley Cyrus? Hilary Clinton ? ou mère Teresa ? Est-ce Ronda Rousey (ndlr: Championne de MMA)? Ou bien est-ce les milliers d’images de mannequins photoshopées que nous voyons sans cesse ? Dans la capoeira c’est encore plus difficile car qu’est que ca veut dire « être féminine » dans un art martial enseigné majoritairement par des hommes ? D’après moi c’est un concept très subjectif et versatile la féminité ; ca change à chaque seconde. Dans la culture américaine cette notion de féminité est si déformée. Je joue de la capoeira et des percu intensément, mes mains et mes pieds sont rugueux et mes épaules larges à cause de ça. Je n’aime pas le maquillage et mes pieds ne supportent pas les talons hauts et pourtant je suis une femme. L’image de la féminité ici aux Etats Unis est une notion si irréelle et photoshopée que c’est très difficile de dire ce qui est ou n’est pas féminin.

En mai on t’a vu sur youtube dans une super video Capoeira Crush (ndlr: je vous en parlais ICI ) où on peut te voir jouer avec d’autres professeures de capoeira. Cette video fait un carton sur youtube, comment a surgit cette idée et qui sont toutes ces talentueuses capoeiristas ?

Cette video a été tournée en l’honneur du « Women’s History Month ». C’etait le week-end où Mestre Batata organisait son évenement féminin tout près d’ici à Santa Monica et toutes ces merveilleuses capoeiristes (qui sont également des amies) sont venues à cet evenement. J’étais sur mon velo et rentrais de la gym quand je me suis dit que ça serait cool de faire une vidéo toutes ensemble avec ces femmes géniales. Je me disais qu’il n’existait pas de belles videos bien faites de femmes capoeiristes . Mais nous avions quelques obstacles : c’était le Marathon de Los Angeles donc les rues étaient fermées, nous avions changé d’heure et la soirée du batizado de Mestre Batata était la nuit précédente. Mais nous l’avons quand même fait, avec seulement 3 heures de sommeil.

Dans la vidéo il y a  Mestra Marisa Cordeiro, Professora Pavão , Professora Gata Brava, Professora Raposa, Professora Fogueira , Professora Formiguinha, Professora Budinha et moi. Chandler, un de mes amis était disponible (il a fait  un super travail d’édition) et un autre de mes amis Khalil avait une super bande son sur un de ses projet musicaux CapoFresh. Donc nous nous sommes tous réunis et avons pu réaliser cette video. Ca a été pour moi un des meilleurs moments de cette année et un parfait exemple de ce qu’il peut se faire lorsque nous collaborons tous. On s’est beaucoup amusé et il y avait une super énergie (en particulier le fait de revoir Fogueira avec qui je m’entrainais lorsque je suis arrivé à L.A. Et tourner cette video dans ma salle de capoeira était egalement un moment fort.

As-tu une chanson préférée ?

Il y en a tellement c’est trop dur de choisir. Je ne peux pas n’en citer qu’une.

 Quels conseils donnerais tu a une capoeiriste débutante ?

Amuses-toi et profites de ton évolution. Ne penses pas qu’aux cordes.

Un message final a donner aux femmes capoeiristes?

Fais le travail demandé, sois appliquée. Respectes-toi et ne fais rien dans la capoeira que tu ne ferais pas sur ton lieu de travail si tu veux un long chemin dans cet art. Les professeurs te transmettent la connaissance mais parfois tu obtiens plus de résultats et plus facilement en te changeant toi-même.

traduction: Iguana, relecture: Nath

 

INTERVIEW IN ENGLISH

Could you introduce yourself : nome de guerra, graduaçao, grupo, cidade ?

My name is Dana Maman/ Professora Minha Velha. I am a third level professor in our group Capoeira Batuque under Mestre Amen Santo (in our group there r three levels of professor before you move up to Contra-Mestre). I lead my school Capoeira Batuque South Bay in Hawthorne California.

When and how did you get to know capoeira?

Like many other, I saw the movie Only The Strong as a teenager in Israel. I wanted to do what I saw but there were no classes. After a year or so, a friend told me they are offering a class of « that thing you wanted to do » in a dance studio close by. I started training with Daniel Sela, the guy who brought capoeira to Israel. Funny enough I came to find out after my first 2 years of training here with Mestre Amen, that he was the one who made that movie.

What is your role inside your group?

I used to take more roles in our Culver City academy as I was growing up in capoeira. I did shows with Mestre Amen dance group, I taught the kids classes, the advance music class, the drumming class, and I covered Mestre Amen’s classes when he was out of town. I learn a lot from being in these positions. As the years past, I wanted to start my own academy. Now I lead the South Bay branch in Hawthorne.

What were your goals when you first started capoeira?

Funny enough, when I started I didn’t have any goals. I had fun doing it and I wanted to do it more. When I finished my army service, I got to be more goal-oriented and started chasing this idea of being better.

How did you get your capoeira name?

Minha Velha is an endearment name you say about your mom, in most cases. It started as a joke. One time when finishing a show, I waited for Mestre Amen to bring the car over as opposed to me and the others bringing all the drums over to the car. When he saw me just sitting there, he said, « let’s go Minha Velha », and from that point, it stuck and started collecting meaning. He would say I would do things like old women would, that I have an old soul. But my favorite comment relating to my name was when someone who didn’t know my name tried to describe me to a friend. He said: « you know, that lady that sings like an old black woman ».

 When you started capoeira, there was a lot of women?

No, there weren’t that many in my school. No advanced women who stay at least. At times I was the only lady in the advance class.

At that time, who was (were) your feminine capoeirista inspiration(s)?

I think one of the ladies I always loved and looked up to was Conta-Mestre Fogueira from Berkeley UCA. She moved here to L.A for her degree and we got become friends and train together at Mestre Amen academy. I always saw her as a great capoeirista and a wonderful humble person. She is very good but she doesn’t take herself too seriously. She helped me a lot during some frustrating moments I had throughout my training.

Other than her, I have a lot of respect for Mestra Suelly. Ultimately our challenges in Capoeira- have it be the fact we r women, too big too small, Non-Brazilians, etc- make us stronger. But I know I have had moments were it was hard, so I cannot imagine how it must have been for her, earlier, with fewer women around, for so many years. I have a lot of respect for her consistent presence in this art.

What was your most striking/awsome moment in your capoeira path until now?

There were so many, it is very hard to chose: Finally being able to do a cartwheel when I started; getting my first cord; meeting my best friend in the studio- who later on became my husband-; traveling to events; being invited and brought to an event for the first time; making my first CD; going to Brasil by myself; being able to tumble after a year recovery from a broken collar bone; getting a move after working on it for three years; a thank-you letter from a student; starting my own class; having more then one person in my class- the moments are countless.

Did you ever take part to Feminin Capoeira Events?

I have taken part in many and I was invited to teach in some of those as well.

What do you think about this type of event?

I think there is some value to them. When I was younger in the art, I got a lot out of them. Now though, I sometime get a little clinical about those events. I feel like women should have a place in the community of capoeira throughout the year. Sometime these events allow certain excluding patterns to stay the same. At times, groups still have their Batizados run and dominated by men with a very specific energy, but they allocate one day a year where it’s all about the women. It almost feels like we don’t get a sit in the main event, but we all play pretend for one day a year. It’s not always like that, I have to give it to Professora Pavao who this year has a lot of excellent capoeiristas- who happen to be women- coming to CBLA batizado. I think it is such a powerful statement. But then again I come to women’s events and I get to meet ladies who really value these events, they are really inspired and they feel comfortable playing more. It just feels like a very artificial environment, which is fine but we need to eventually move away from it. We need to claim our space in the community of capoeira that includes men and women.

Do you think the image of women in capoeira evoluated since you’ve started?

Of course it has changed; nothing stays the same. As long as women keep training and growing as leaders in the community the future is only going to get better.

What does capoeira bring you?

Capoeira has brought and still brings so many things to my life. The most obvious things are my health, community, friendships. It gave me a career that allowed me to travel and meet people that are every dear to my heart. I met my husband in capoeira (he is not so much in capoeira any more though), and I survived my first year in the States as an immigrant because of capoeira and the community I found around it. The less obvious thing it brought to my life is a huge sense of humbleness; learning to fall, get up, and do it again, sometimes in front of my teachers, elders, my students, sometimes twice in the same day, sometimes twice a week for three years until I get it. That sense of success, when I do get it though, is another really fun thing that capoeira gives me. I think at its best, this art forces me to be in the moment, get out of my head. Not a lot of things get me in that space.

You are a great percussionist, did you learn it thanks to capoeira?

I did music since I was very young. I started with the classical violin and I did that for 13 years. At the same time, I did middle-eastern percussion as it was available around in my country. With capoeira I gravitated to the music, because I have loved and played music since I was very young. I have always loved singing as well; I will always sings during family chores, to a point where my mom sometimes had to ask me to stop. As I got with Batuque, when I came to LA, I fell in love with the music even more. I started learning more of the Afro Brazilian drumming from Mestre Amen. So for that initial exposure to Afro-Brazilian music and drumming, I owe thanks to my teacher and capoeira. I loved it so much I did it a lot and got better at it because of it. That is why I tell people who take music classes from me that the first step is to listen to a lot of music, find what you like, and fall in love with it. At that point, improvement is inevitable.

Tell us about the 2 CDs you have released. How and what was the idea/motivation of it?

The first CD I did was a fundraiser. I needed money to go to Brazil because I wanted to learn more about candomble music and women drummers in Brazil. We did it on Garage Band. We put everyone in a storage closet me and Contra-Mestre Muito Tempo transformed to be « sound proof » (it was not very well sound proofed, to say the least). It was done with a lot of love and  I wanted to record it before I went in my trip cause I knew my music will change after my time in Bahia.

The second CD was way more produced. We recorded a few instruments at a time to keep the live « feel » but we were in a studio with great equipment; we mastered it. Also almost all of my songs were original. It was a huge push for me. I am not a Portuguese native speaker, I had to write it and sit with some friends to make sure it all make sense. But it was all worth the work; it was really well received and I feel good about it.

What is your next artistic project?

At this point I really want to build my group in South Bay and build my career as a  singer. I have my band where we perform original music I wrote and I perform more with orixa music too. As far as my group and capoeira, like I said I believe capoeira need more women led groups. That is why developing my academy is a priority. I also would really love one day to have a folcloric show- like I did for so many years with Mestre Amen but all done with kids. I starting to work on it now; I have some very talented young drummers. It is a process but we will get there.

Do you take part in social/educational/cultural projects with kids (or other public) around capoeira?

I have had a few projects in the past; I have taught a free class at a women’s shelter for a little while but we had to stop as I started my group in South Bay. I tried to start it up again in my area but it has not happened yet.

I also applied twice for a grant for project I really wanted to get off the ground. It had to do with building a youth capoeira group made with Jewish and Muslim children here in LA. I organized it in such a way where my cousin, Contra-Mestre Versatil- who is Muslim- would be coaching with me. I wanted to have video documentation and journaling to see the process the kids go through throughout the year. And we would start with questionnaires to spot kids with the biggest room for growth as far as their view of the Other. I always said that the first time I talked to someone Muslim was at the studio because of capoeira, and coming form Israel, I feel like this work is very needed. We applied for the grant twice, got denied for very small details, and I got discouraged and occupied with my work at my group. I am hoping to re-visit this idea in the future because I still believe it can be very power project.

What are the qualities/skills a woman should have to be a good capoeirista?

Just do the work. If you show up and do the work day after day for year after year and every time the community sees you, you have turned into a better version of yourself- how can people not respect that? On the same note, I think it is important  to realize the only person you should compare yourself to is yourself; get inspired by others but be yourself, the best you can be. It is very tempting to start looking at other people and it is not very productive. Last, remember that no matter what you do in this art- and in your life in general- some people will like you for it and some would not- it’s not personal and it has nothing to do with you. So have fun; train hard but have fun, because otherwise why are we doing this for? Sometimes I see myself or other women put so much on themselves; « I need to do a solo cause no women went » or « I need to play cause no women are playing ». You need to push yourself but this sense of obligation is not a good motivator; you should have fun and do the work- whoever needs to see it, will see it and it will leave a mark on them.

And do you think a woman should play different from a guy in the roda?

I think all of us should play differently than each other in the roda. It goes back to being yourself. My teacher is a 200lb big guy. If I play like him, I will get killed probably. We all have our secret weapon; we just need to discover it.

You have launched few months ago, “The Capoeira Greatest Challenge”, please tell us what is it about and how did you get this idea?

This is something I feel very passionately about, so thank you for asking about it. I had a conversation with a friend one day who have decided that the ocean is no longer fit for him to go into anymore. That thought made me think about my future grandchildren and how they might not have even a choice in the matter. It might be that they will not be able to go inside the water because of how we are living our lives here. I was so deeply sadden and angry I felt like something need to be done. I always felt like it is such a waste we get together for events, we have the attention of over 300 young adults and families for a batizado; we do capoeira all weekend; and then we leave. There is so much potential there to do real good in the world with our community. Capoeira is the art of transformation and our waters need us desperately. Those waters, oceans, and beaches we sing about, enjoy, train around- it is time to give back. So this project came to life. It also has to do with this idea of every month being a better version of yourself, like we talked about before; It has been going great, we are making change one small step at a time.

What is your life motto/philosophy?

I feel like the sentence that has given me the most in my journey come from Ifa, a Nigerian religion very similar to Candomblé. It says « May my character not spoil my destiny ». I feel like ultimately striving to be being a good person, humble, open, and having good character brings forth the most blessings. There is so much talent out there, but it is the kind of person you are that will make you stand out and change the world. I try to live my life from that place.

How do you picture capoeira in 20years?  And where do you see yourself in 20 years?

My teacher always says that capoeira is going to be even bigger in 20 years. I hope it will and I look forward to being in that community. I hope to still have fun with capoeira in 20 years. I hope to live a good and healthy life, having chosen capoeira and music as my career. I hope to be a figure that have inspired young women to grow in the art and in their lives. Finally, in 20 years where some of my teachers would be gone, I hope to have done some serious work and learning so I can be a valuable teacher as well, so I can pass something forward like it was passed to me.

How many hours per week do you dedicate to capoeira?

I do something relating to capoeira everyday. When I decided to quite my day job, I made the commitment to fill a full-time job schedule with capoeira and music. It is not all movement of course. It can be reading, researching, working on the business side of my academy, meditation and so forth. I do train everyday except on Sunday; that include gymnastics, cross-training, classes with Mestre Amen, get together with fellow teachers for beach training, and Afro-Brazilian dance classes. That is outside of teaching. For the most part, I like to concentrate on teaching when I do my class, so I don’t do the class with my students. Saturday morning class I train with them so I can get warm, and demonstrate more floreios so we can work on that as well.

Is it important for you to stay feminine in capoeira?

It is important for me to stay myself in capoeira. Feminine is such a confused term in our culture. What is the face the feminine? Is it Miley Cyrus or Hilary Clinton or Mother Teresa? Is it Ronda Rousey? Or is it the thousand photoshopped images of models we see endlessly everywhere? In capoeira it’s even more complicated because what does it mean to be feminine in a martial art taught mostly by men? I think it is a very subjective flexible thing, femininity- it changes every second.  In America’s culture, that term is so distorted. I drum and I am very active. My hand and feet are rough and my shoulders are broad because of that. I don’t like makeup and my feet cant handle high heel shoes; and I am a woman. So how many of me there need to be to make that feminine? The image of femininity here in America is an unrealistic photoshopped idea; it is hard to measure anything according to it.

In May was released on youtube, a great video « Capoeira Crush » where we can see you playing and having fun with other women professoras. This video is a great success (thousands of view and inspiration for girls), how and what was the idea of it?  Who are all these teachers?

The video we made was in honor of Women’s History Month. It was the weekend of Mestre Batata’s women event here in Santa Monica and all these wonderful teachers, who are also my friends, were coming together. I was riding my bike back from the gym and I was thinking it would be so cool to make a video together with all these awesome ladies. I was thinking there is not really a nice produced video with women doing capoeira. We had a lot going against us: it was the L.A Marathon so streets where closed, daylight saving time change, and the Batizado party was the night before. So we did this on 3 hours of sleep. It was : Mestra Marisa Cordeiro, Professora Pavão , Professora Gata Brava, Professora Raposa, Professora Fogueira , Professora Formiguinha, Professora Budinha and I. Chandler, my friend, happened to be available- he did such a great job filing and editing and my friend Khalil had a great track done in his new project CapoFresh. So we made it happen and put it all together. It was one of the best moment of this year for me and such a wonderful example of what can happen when we all collaborate. We had so much fun and such great energy- especially seeing Fogueira there who I used to train with when I just got here to LA. Now, doing this video together in my studio- it was a very moving moment for me. To many more.

What is your favorite capoeira song ?

There are so many, it is very hard to choose. I cannot commit to just one.

What tips would you give to a capoeira beginner?

Have fun and enjoy the process. Don’t chase the cords.

Any final message you would like to give to women capoeira?

Do the work and have fun. Finally, respect yourself- Don’t do anything where you train, you would not do at the work place if you want a long future in this art. Teachers and school leaders should know better, but sometimes you get faster results more easily when you change yourself.

 

Maça

Pour cette nouvelle interview, j’ai choisis de vous présenter la monitora Maça, une capoeiriste que j’ai connu grâce à Mestre Hulk à qui je rendais visite dans son académie de Rio il y a quelques années  et qui m’a parlé d’une capoeiriste française qui l’avait impressionné. Ce champion de vale-tudo et mestre de capoeira impressionné par une capoeiriste frenchy? Et oui! et il y a de quoi! Je vous laisse la découvrir dans cette interview.

maça

 

Peux-tu te présenter : Nom de guerre, grade, groupe, ville ?

Mon prénom est Amandine, mon nom de guerre (lol) est Maçã Verde. Je suis corde bleue du groupe Ginga Mundo, dont le mestre est Sabià. L’école dans laquelle je m’entraine se trouve sur l’aire toulonnaise et ses villes aux alentours. Le professeur de notre association : Joga Capoeira, se surnomme Espiga .

Quand et comment as tu connu la capoeira ?

J’ai fait ma première rencontre avec la capoeira à travers un film ancien maintenant mais la référence en France des capoeiristes de plus de 10 ans de capoeira (lol) : ONLY THE STRONG (ou la loi du plus fort en version française). Je l’ai regardé plus de 10 fois en une semaine, et à partir de ce jour là j’ai voulu essayer cet art martial qui me passionnait déjà. J’ai alors cherché un club quelques mois plus tard dans ma ville (Toulon);  j’ai commencé au mois de Novembre 2002 je m’en souviendrai toute ma vie: Je me souviens avoir galéré à faire la ginga et à faire mon premier coup de pied… le moment qui restera gravé à jamais dans ma mémoire, est le moment de la roda à la fin du cours, j’ai ressenti une émotion tellement forte à en frissonner, ce truc qui fait : »ouaou ça c’est un truc pour moi… »

Quel est ton rôle au sein de ton groupe ?

J’ai le statut de « monitora » dans mon groupe, ce qui te charge de certaines responsabilités :

Seconder mon professeur lorsqu’il est absent par exemple, orienter les élèves durant les cours, les stages… Je pense que pour n’importe quelle personne ayant un minimum de capoeira, elle se doit de montrer l’exemple autant dans la vie que lorsque l’on passe la porte de la salle d’entrainement, mais encore plus lorsque la corde commence à monter en couleur. Je suis référente pour les élèves, toujours dans un rôle de second du professeur lorsque celui ci est absent.

Quels étaient tes objectifs initiaux quand tu as commencé ?

ouaou… Je voulais être la meilleure, traverser le monde pour faire de la capoeira, et jouer avec un maximum de capoeiristes.

Comment est venu ton nom de capoeriste ?

C’était juste après une démonstration en plein air, je parlais à mon professeur de l’époque, apparemment le vert de mes yeux l’a interpellé, il m’a alors appelé petite pomme verte, « maçã verde » est resté; maçã pour les intimes lol!

 

Y’avait il beaucoup de femmes capoeiristes dans ton groupe quand tu as commencé ?

Oui les femmes étaient plus nombreuses que les hommes l’année ou j’ai commencé.

 A cette époque, quels étaient tes aspirations dans la capoeira ?

Je voulais jouer à la perfection et que l’on me considère comme une capoeiriste à part entière et non pas une femme qui fait de la capoeira…

Quel moment t’a le plus marqué jusque là dans ton parcours de capoeira ?

Il y a eu énormément de moments marquants durant ces quelques années de capoeira mais un m’a marqué à vie : il y a 2 ans de ça, lors de l’événement annuel de notre groupe Ginga Mundo organisé au Forte da Capoeira à Salvador. Cet événement est : « Rede Capoeira » où chaque année un rassemblement impressionnant de capoeiristes a lieu et un nombre important de mestres reconnus dans le monde de la capoeira sont alors réunis… J’ai eu la chance et le grand honneur de rencontrer Mestre Joao Grande… une légende vivante là juste devant moi, j’ai suivi un cours d’Angola, je lui ai serré la main, je ne peux même pas décrire cette émotion qui était entre la petite fille qui avait tant entendu parler de ce grand Monsieur, et la capoeiriste de quelques années d’expérience qui se sentait tellement petite. Ce jour a été merveilleux j’ai rencontré d’autres Mestres très célèbres de par leur expérience et pour tout ce qu’ils ont apporté à notre art. Respect…

Penses-tu que l’image de la femme capoeriste a evolué depuis que tu as commencé ?

Pour être franche je n’ai jamais senti de grande différence ou de sexisme dans la capoeira depuis que j’ai commencé. Bien sûr un homme et une femme auront des jeux différents suivant leur capacités physiques c’est clair. Mais je trouve les hommes particulièrement appliqués et très ouverts : j’ai toujours entendu qu’une femme avait sa place dans une roda de capoeira. Il y a toujours quelques « machos » qui renvoient une image un peu négative quant au rapport capoeira homme/femme mais ils sont rares.

As tu déjà pris part à des projets sociaux-éducatifs/culturels (professionnel ou bénévole) dans ton groupe ou ailleurs avec comme base la capoeira et sa culture ?

Oui bien sûr, lors de semaines pour les enfants/ados organisées par le Conseil Général ou dans les écoles. A chaque fois les enfants/ados étaient enchantés. La capoeira est vraiment un art complet qui permet de faire passer cette culture afro-brésilienne à travers les instruments, les chants, les mouvements, l’interaction dans les jeux de capoeira.

Parles moi un peu de ton autre passion le Jiu-Jitsu Brésilien et comment tu arrives à concilier les 2 ?

Le JJB est un autre art martial et sport de combat mais totalement complémentaire à la capoeira. C’est un sport qui se pratique au sol en kimono c’est du corps à corps, le but est de soumettre son adversaire par un étranglement, clé de bras etc… J’ai arrêté la capoeira pendant 2 ans pour raisons personnelles, je me suis alors essayé à la boxe pendant 1 an, au Jeet kune do, et j’ai rencontré le JJB qui a été une révélation. C’est un sport totalement différent mais complémentaire sur certaines postures en capoeira, car la capoeira à la base a été faite pour apprendre aux esclaves à se défendre. Certains jeux sont assez virulents voir violents, il faut apprendre à gérer et s’entrainer pour ces jeux là aussi, la capoeira n’est pas seulement de la danse, ou des coups de pieds ou des esquives et acrobaties, c’est un vrai sport de combat. Le JJB m’apporte énormément à ce niveau là. Souvent des deux cotés les gens me demandent : « mais tu préfères quoi en fait? la capoeira ou le JJB? » Je leur répond simplement :  » c’est comme me demander si je préfère ma mère ou mon père.. »

T’es tu déjà servi de tes connaissances en JJB dans une roda ?

Oui car en JJB nous travaillons nos postures pour être le plus ancré possible dans le sol, un jiujtsuka se remarque très vite lorsqu’il y a du corps à corps. Bien sûr des capoeiristes ne pratiquant pas de JJB s’entrainent au corps à corps également c’est une partie intégrante du jeu du capoeiriste. Mais moi j’ai le jiu jitsu brésilien pour m’entrainer.

 

Que penses tu de ce nouveaux style « capo-jitsu » qui a surgit depuis quelques années ?

… hé bien il faut être ouvert (lol). Je ne connais pas très bien cette discipline, mais je suis un peu une puriste donc il ne faudrait pas tomber dans l’extrême et oublier l’essence de la capoeira ou l’on peut voir un beau jeu développé avec des « questions-réponses » et pas seulement la recherche de cette confrontation qu’aurait peut-être un peu trop le style capo-jitsu…

J’ai du mal à percevoir un art qui se joue debout et dont le but est, dans son essence, de donner un coup et d’esquiver, à un autre art opposé ou le travail est du corps à corps et se pratique 90% du temps au sol sur un tatami… Mais bon à voir…

Selon toi quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste ?

Les qualités d’une femme? J’aurai plutôt dit d’un capoeiriste (homme /femme confondus). Mais si on doit rester dans le coté féminin je dirais que la femme doit être courageuse, savoir s’imposer dans la roda par sa technicité, sa vitesse, et sa malice, plutôt que d’essayer de ressembler ou de jouer comme un homme où la puissance et la force sont des capacités physiques qu’ils ont naturellement que les femmes n’ont pas forcément à la base (mais qui peut s’acquérir).

Penses-tu qu’une femme doit jouer différemment d’un homme ?

haha j’ai à moitié répondu plus haut, je ne pense pas qu’elle DOIVE jouer différemment qu’un homme. Mais que nous avons des capacités différentes, et que chacun doit les exploiter à son avantage. D’après moi, il ne faut absolument pas tomber dans le cliché : les femmes contre les hommes. Il faut savoir vivre et jouer en harmonie, chacun à sa place dans notre art, il faut juste comprendre et savoir où elle se trouve.

 

Quelle est ta philosophie de vie ?

On a tous à apprendre de chacun, personne n’est mieux que personne on est juste tous différents. J’essaie de faire le bien autour de moi en essayant d’être juste, selon mes principes et valeurs qui me sont propres. L’humilité, le respect sont les maitres mots pour moi…

 

Comment vois tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois-tu aussi?

Je vois la capoeira dans 20 ans incluses dans le programme sportif scolaire public au Brésil et en Europe. Une possible fédération qui rassemblerait tous les groupes de capoeira une seule et même famille avec toutes ses différences. Je me vois toujours dans le sport et peu être enseignant aussi cet art magnifique…

Combien d’heures par semaine consacres-tu à la capoeira ?

Ces derniers mois ont été assez chargés en travail, mais j’essaie minimum de m’entrainer 4h par semaine (c’est très peu mais c’est déjà ça)

Quelle est ta chanson de capoeira préférée ?

J’en ai beaucoup je n’en ai pas une préférée, mais j’aime beaucoup les chansons types angola et banguela assez lentes et profondes en paroles…

Quel message donnerez-tu aux capoeiristes féminines?

Je leur dirai que malgré les difficultés rencontrées, même si quelquefois il est difficile de trouver sa place, il faut s’entrainer, chanter, jouer des instruments, voyager, et laisser le respect s’installer tout seul sans vouloir le provoquer. Rester humble, s’entrainer dur (je l’ai déjà dit ca ? lol) tendre l’oreille, prendre chaque jour comme une chance de pouvoir progresser. Se faire plaisir, jouer avec son cœur et partager le plus possible.

Feitiçeira

Pour inaugurer cette rubrique j’ai voulu laisser la parole à l’Instructrice Feiticeira, qui organise depuis maintenant 4 ans le Festival féminin : Iuna Voou qui réuni chaque année de plus en plus de participantes. A l’approche de son évènement, elle nous parle un peu d’elle, de ses débuts dans la capoeira et de sa passion pour cet art.

FEITICEIRA

Peux-tu te présenter : Nom de guerre, grade, groupe, ville ?

Je m’appelle Héloise Reiter, mon surnom est Feiticeira et je suis instructrice du groupe Capoeira Brasil de Bordeaux.

Quand et comment as tu connu la capoeira ?

Je suis franco-brésilienne et j’ai donc pu connaître la capoeira quand j’habitais au Brésil, à Fortaleza. Mon tout premier contact avec la capoeira fut par l’initiative de mon père qui voulait nous faire connaître le sport national brésilien et qui nous a donc amené mon frère et moi au cours de Mestre Envergado du Groupe Capoeira Brasil.

Quel est ton rôle au sein de ton groupe?

Je travaille au sein de l’association qui propose les cours de Capoeira sur Bordeaux et je donne également des cours avec l’instructeur Topete. J’organise aussi tout les ans avec Topete et les élèves de l’asso deux grands festivals, le festival  Iúna Voou en octobre ainsi que le Batizado en avril.

Quels étaient tes objectifs initiaux quand tu as commencé ?

Même si je m’étais déjà entraîné à plusieurs reprises quand j’étais enfant, pour moi, je n’ai vraiment commencé la capoeira qu’à partir de 15 ans car c’est à partir de là que je n’ai plus jamais cessé de m’entraîner. J’étais donc assez jeune et ce que je voulais vraiment c’était juste m’amuser et faire un sport que j’aime et qui était en accord avec ma façon de penser et de vivre.

Comment est venu ton nom de capoeriste ?

Je m’entraînais à l’époque avec Contra-Mestre Macaco du groupe São Salvador et on avait invité à notre festival Mestra Brisa. En discutant avec elle, Macaco lui a demandé quel surnom elle me donnerait si elle pouvait le choisir. Elle m’a regardé et a dit que j’avais des yeux ensorceleurs et qu’elle m’appellerait donc Feiticeira, ce qui veux dire l’enchanteresse. Depuis, c’est resté mon surnom.

Y’avait il beaucoup de femmes capoeiristes dans ton groupe quand tu as commencé ?

En fait, oui il y en avait pas mal, on était un petit groupe mais il me semble qu’il y avait autant de filles que de garçons. Les garçons ont pour la plupart continué la capoeira mais malheureusement, des filles, je suis la seule a avoir continué.

A cette époque, quels étaient tes inspirations femme dans la capoeira ?

A l’époque et aujourd’hui encore, la Contra-Mestra Sapeca était très connue au Brésil et c’était pour moi une source d’inspiration car j’adore non seulement son jeu mais aussi sa personnalité toujours joyeuse, souriante et très énergique. Il y avait également l’instructrice Ninja de Fortaleza que j’admirais et l’instructrice Folha qui est une super capoeiriste et une personne très humble.

Quel moment t’a le plus marqué jusque là dans ton parcours de capoeira ?

Onze ans de capoeira ça fait beaucoup de moments pour n’en choisir qu’un seul mais je me souviens très bien d’un de mes premier festival de capoeira, c’était un festival organisé par le Mestre Ratto qui à l’époque faisait encore parti du groupe Capoeira Brasil et qui se déroulait à Parajuru. Mestre Suassuna et Mestre Lua Rasta étaient invités et je me souviens très bien de Mestre Suassuna qui nous à fait un show de berimbau et qui juste avant de commencer à chanter nous a fait un iêêêê qui à fait frissonner tout le monde, l’énergie qu’on avait ressenti à ce moment là m’a énormément marqué.

Il y a également un autre moment très marquant pour moi, c’était à l’époque où l’instructrice Ninja organisait des rodas féminines et ce fut à cette roda que pour la première fois je pu chanter et jouer des instruments dans la roda. Ce fut un moment magique pour moi.

Comment (et pourquoi) est né le projet Iuna Voou?

Le projet Iuna Voou est né quand j’étais encore gradé. A l’époque je commençais déjà à beaucoup me déplacer pour aller à des festivals un peu partout. J’ai remarqué que le nombre de professeurs femmes par rapport à celui des hommes était très inégal. J’ai donc commencé à poser pas mal de questions sur le sujet aux professeurs et mestres que je rencontrais. J’en ai conclu que les raisons de cette inégalité étaient surtout culturelles et historiques mais que c’était en évolution et j’ai donc voulu soutenir et valoriser les femmes qui font partie de cette évolution.

Peux tu nous présenter un peu cet évènement?

L’évènement  Iúna Voou s’organise depuis maintenant quatre ans tout les deuxième weekend d’octobre à Floirac (à coté de Bordeaux). Le but de cet événement aujourd’hui est de soutenir et valoriser le travaille des femmes dans la capoeira, de montrer qu’il y a non seulement de très bonnes capoeiristes femmes mais aussi qu’elle sont soutenues autant par le femmes que par les hommes. L’événement est ouvert à tous et j’invite beaucoup de professeurs femmes mais pas seulement car l’objectif n’est pas d’exclure les hommes mais bien de trouver un équilibre et une égalité entre les deux. On dit d’ailleurs souvent que dans la roda de capoeira il n’y a pas de femme ni d’homme uniquement des capoeiristes. Néanmoins, pendant cet événement, uniquement les femmes peuvent donner les cours de capoeira. J’essaye aussi de créer une ambiance dans laquelle les filles pourront se sentir à l’aise pour essayer de se surpasser et d’oser faire dans la roda tout ce qu’elle n’osent pas faire d’habitude, car c’est bien ce qui à marché pour moi. Nous faisons également un moment de discussion avec les professeurs car je trouve que c’est important de pouvoir les connaître un peu mieux, de pouvoir poser des questions sur leurs parcours et connaître les difficultés qu’elles ont pu rencontrer.  Et pour conclure, le plus important finalement, c’est que tout le monde puisse profiter et s’amuser.

Quelle est la date de la prochaine édition ?

Le prochain  Iúna Voou sera la 4 ème édition et se déroulera du 10 au 12 Octobre 2014.

Penses tu que l’image de la femme capoeriste a évolué depuis que tu as commencé ?

Quand j’ai commencé, il y avait déjà pas mal de femmes qui faisait de la capoeira et je trouve que malgré tout (car il ne faut pas oublier que le Brésil est quand même un pays assez machiste) les femmes étaient et sont assez bien respectées dans la capoeira.

As tu déjà pris part à d’autres projets sociaux-éducatifs/culturels (professionnel ou bénévole) dans ton groupe ou ailleurs avec comme base la capoeira et sa culture ?

Oui, j’ai travaillé en tant qu’employée de vie scolaire dans une classe d’inclusion scolaire et avec l’enseignante on a fait un projet sur les pays du monde et donc pendant un trimestre on a parlé du Brésil et j’ai pu donner des cours de capoeira aux élèves qui sont des enfants avec des troubles du comportement. C’était une expérience très marquante autant pour eux que pour moi.

Selon toi quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste ?

C’est difficile à savoir car la capoeira est très polyvalente et on peut la voir sous tellement d’angles différents, mais je pense qu’une chose qui est très importante c’est d’avoir confiance en soi. Je pense également qu’il faut savoir s’imposer mais être humble en même temps car dans ce milieu très masculin (je parle au niveau des professeurs) il faut pouvoir montrer que nous somme à la hauteur sans vouloir être plus que qui que ce soit.

Penses-tu qu’une femme doit jouer différemment d’un homme ?

Je pense que chacun doit jouer de manière a se sentir à l’aise, il y à des femmes qui jouent très bien et qui sont très masculine dans leur jeu mais à qui cela convient, moi je ne le suis pas parce que c’est dans ma personnalité et ça me convient également. Je pense que ça ne sert à rien de copier les autres, on prend ce qu’on aime et on l’adapte à son jeu, sa personnalité.

Quelle est ta philosophie de vie ?

Je recherche l’équilibre et la capoeira fait maintenant partie de mon équilibre. Je suis quelqu’un de très joyeux et j’essaye également de passer ça aux gens qui m’entourent.

Comment vois tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois-tu aussi?

Ouf, c’est trop loin, je ne sais pas, l’avenir le dira. Et moi, et bien je serai encore là et je m’adapterai, comme le dit mestre Branco, le train est en route, et moi je m’accroche à lui.

Combien d’heures par semaine consacres-tu à la capoeira ?

Concrètement je peux dire que je consacre 10h30 de ma semaine à la capoeira, mais c’est sans compter les festivals tous les weekends, le temps d’organiser mes cours et de travailler pour l’association, l’organisation des festivals, les entraînements aux instruments, les heures à regarder des vidéos de capoeiras et lire sur l’histoires de la capoeira et pour finir, tout le temps que l’on passe à rêver et s’inventer des mouvements dans sa tête. En fait la capoeira prend énormément de place dans notre vie quand on est vraiment capoeiriste, mais c’est pas nouveau, et c’est un choix assumé.

C’est important pour toi de rester féminine dans la roda ?

Comme je le disais, cela fait partie de ma personnalité donc oui, pour moi c’est important, mais c’est surtout naturel.

Quelle est ta chanson de capoeira préférée ?

Comment choisir ? Je dirais peut être qu’il y en a deux, tout d’abord une des toutes premières chansons que j’ai apprise  c’est « Viola de waldemar – Boa voz » et c’est macarrao, un très grand amie, qui me l’a apprise. Il y a également une musique que j’adore car elle me touche personnellement à chaque fois que je la chante c’est « Saudade que faz chorar – Mestre Barrao. »

Quel message donnerais-tu aux capoeiristes femmes?

Soyez vous même, ayez confiance en vous car nous sommes toutes autant capable que les hommes d’être de très bonnes capoeiristes et n’oubliez pas que le fait d’être maman n’est pas incompatible avec le fait d’être capoeiriste et que même si ça n’est pas un chemin facile, ça en vaut la peine.

Quels conseils donnerais-tu à un(e) capoeiriste débutant(e) ?

Mon conseil serait, soit ouvert à toutes les possibilités et dimensions que la capoeira peut t’apporter et soit patient et persévérant car ce sont deux qualités nécessaires à la capoeira et qui finissent toujours par payer.

A propos de cette rubrique

Dans cette rubrique vous trouverez des interviews de capoeiristes femmes connues ou non,  qui inspirent et transmettent leur art à leur manière.

Vous découvrirez leur parcours, leur travail, les obstacles qu’elles ont parfois dû surmonter, leur vision de la capoeira d’aujourd’hui et l’évolution de place de la capoeiriste dans cet univers souvent macho.

Ces interviews ont été réalisées au cours de l’année 2014 par moi même lors de rencontres de capoeira, de voyage au Brésil ou simplement par  mail.