Interview Treinel Ada

1ere interview de la saison 2015-2016, on reprend les bonnes habitudes et on profite de l’expérience des ainées pour construire notre chemin et s’inspirer de leur parcours.

Ce mois-ci j’ai voulu vous proposer l’interview de la treinel Ada du groupe GCAC (c’est la 2eme interview d’une angoleira, retrouvez la 1ere ICI ). Nous nous côtoyons depuis quelques années dans des rodas d’angola ici ou là et j’avais envie depuis longtemps de connaitre son parcours. Elle a gentiment accepté de répondre à mes questions et je la remercie pour sa sincérité.

lipstickcapoeira

Peux tu te présenter : Nom de guerre, grade, groupe, ville?

Mon nom est ADA, dans la vraie vie et dans la capoeira aussi. Bien que j’ai reçu plusieurs « apelidos »: Dendé (parce qu’il paraît que je suis mandingueira), Toquinha (à cause du bonnet que je porte quand je joue), Cininho (qui veut dire clochette car Ada signifie fée), mon Mestre n’en a gardé aucun, (peut-être parce que ce n’est pas lui qui les a choisi) donc c’est Ada qui est resté! D’ailleurs on croit souvent que c’est mon nom de capoeira et pas mon prénom. Je suis Treinel au GCAC (Grupo de Capoeira Angola Cabula) de Mestre Barba Branca et j’enseigne dans la ville de Lyon.

Quand et comment as-tu connu la capoeira ?

J’ai commencé la capoeira en 1999, j’ai vécu au Brésil quand j’étais petite, donc je savais ce que c’était mais je ne l’avais jamais pratiqué.

En 1999 mon petit frère s’est inscrit à un cours et je me suis dit que cela pourrait être sympa de faire pareil pour partager ça avec lui! (malgré le fait qu’on n’habitait plus la même ville car je commençais la fac à Lyon). Par hasard j’ai trouvé un cours à côté de chez moi à la compagnie AZANIE, les cours étaient donnés par un danseur qui n’était pas affilié à un groupe, ni à un mestre, mais sans le savoir j’ai commencé par de la capoeira Angola.

En 2001 Mestre Barba Branca (formé par Mestre João Pequeno) a été invité à Lyon par la compagnie pour un stage. Je me rappelle qu’à cette époque j’hésitais à rejoindre un autre groupe avec un Mestre et une affiliation car j’avais beaucoup d’interrogations sur la capoeira (fondements, liens avec l’histoire afro-brésilienne, sens de la pratique et des mouvements) et je ne trouvais pas de réponse. Ma rencontre avec celui qui deviendrait mon Mestre; Barba Branca a été très forte et émouvante, je crois que je l’ai harcelé de questions pendant tout son séjour! Depuis je crois qu’il m’a adopté en quelque sorte (rires). Il est comme un père pour moi!

L’année suivante nous sommes partis dans le cadre d’un projet social à Salvador de Bahia pour soutenir le travail de Mestre Barba Branca avec les enfants de la périphérie de Cabula. Le projet avait lieu au Terreiro Ilê Axé Opo Afonjà! Ensuite je suis repartie vivre un an à Salvador et en 2003 nous avons officiellement ouvert le GCAC à Lyon (la compagnie AZANIE avait fermé entre temps).

Quel est ton rôle au sein de ton groupe?

Je suis Treinel (ou entraineur), je donne des cours pour les adultes et les enfants! Mais je suis aussi responsable du GCAC France avec les autres Treinels ! Normalement un Treinel ne gère pas un groupe dans sa totalité, ce sont le(s) Contramestre(s) ou le Mestre! Les Treinels sont là pour aider et commencer à apprendre à donner des cours. Mais pour nous c’est comme ça, nous devons assumer toutes les responsabilités comme des grands! C’est parfois difficile, mais c’est un bon apprentissage!

Quels étaient tes objectifs initiaux quand tu as commencé ?

Je crois que je me suis fait avoir! (rires). Je ne pensais pas que cela me passionnerait autant, ni que cela prendrait une place aussi importante dans ma vie. Et surtout jamais je n’aurais pensé un jour donner des cours. Au début je crois que cela m’a permis de créer des ponts dans mon histoire : je suis née au Chili, j’ai vécu au Brésil! J’ai renoué avec une partie de mon histoire grâce à la capoeira!

Ensuite par le biais de mes études (anthropologie) je me suis intéressée aux autres aspects de la pratique comme le lien avec le candomblé entre autres.

Donc au début mon moteur c’était surtout une énorme curiosité et beaucoup de passion, mais je n’avais pas d’objectif précis. Même par rapport à l’aspect physique, je me trouvais un peu lente dans ma progression, et pas très douée pour les mouvements techniques (c’est toujours le cas!) donc je ne voyais pas comment j’aurais pu devenir Treinel. Mais je me suis accrochée et j’ai continué quand même!

Enfin comme on dit souvent : c’est la capoeira qui l’a décidé pour moi!

 

Y’avait il beaucoup de femmes capoeiristes dans ton groupe quand tu as commencé ?

Des élèves oui, au Brésil et en France! Mais je suis la première femme diplômée (ndlr : à recevoir le titre de Treinel) de mon groupe.

 

A cette époque, qui étaient tes inspirations (femmes) dans la capoeira ?

Au début je ne me rappelle pas avoir vu beaucoup de femmes diplômées jouer dans les rodas, en tout cas au Brésil! J’avais entendu parler de Janja et plus tard de Gégé, mais je ne les avais jamais vu jouer.

Je me rappelle avoir vu Mestra Jararaca (élève de Mestre Curio) mais j’avais trouvé son jeu très dur et assez « masculin » pour ainsi dire. Ce n’est que très longtemps après que j’ai compris que pour évoluer au Brésil dans la capoeira Angola elle devait faire ses preuves et savoir jouer comme ça. Elle a beaucoup de courage! Et c’est après l’avoir vu que j’ai commencé à réfléchir sur la question de la femme dans la capoeira et du jeu que je voulais avoir.

Au début je trouvais plus l’inspiration chez des capoeiristes hommes, car je découvrais beaucoup de choses en même temps et je n’avais pas encore fait le tri dans tout ça, ni pris une réelle posture face à cette question. Cela a mis du temps à murir en moi!

Maintenant c’est devenu essentiel d’avoir des femmes comme inspiration et je remercie Contramestra Susy, Contramestra DI, Mestra Gégé, Prof Cristina, Prof Nani, Pimentinha, Mestra (même si elle ne l’est pas officiellement) Brisa, Mestra Janja entre autres qui sont devenues des personnes clés pour moi, qui m’inspirent dans ma posture de femme dans la capoeira.

 

Quel moment t’a le plus marqué jusque-là  dans ton parcours de capoeira ?

C’est dur à dire! La rencontre avec Mestre Barba Branca a été très marquante et décisive dans mon parcours, mais aussi quand je suis devenue Treinel car j’ai souffert de discrimination et de jalousie de la part d’une autre femme et ça a été très dur pour moi. Je m’y attendais de la part des hommes mais pas d’une femme. Je n’ai pas pu me sentir fière d’être la première femme diplômée de mon groupe, ni de la reconnaissance de mon Mestre. Je n’ai pas pu fêter mon diplôme, j’ai dû plutôt le cacher et dissimuler mon titre. Et pourtant ce diplôme je le dis fièrement aujourd’hui : c’est le fruit de beaucoup de travail et d’investissement!

Ce qui m’a aussi beaucoup marqué c’est d’avoir eu la possibilité de rencontrer des mestres anciens et d’avoir eu la chance de voir des rodas avec toute la « crème » de la capoeira Angola! Malheureusement j’étais très « jeune » en capoeira, c’est seulement maintenant que je comprends quelle chance cela a été! À l’époque je ne savais pas et je ne comprenais pas tout ce que mon Mestre me transmettait en m’amenant voir tout ça! Si je pouvais remonter le temps…

 

As-tu déjà participé à des rencontres féminines de capoeira? Si oui, quel est ton ressenti?

Oui je participe (en tant qu’élève) chaque année au « Women Capoeira Angola Eastermeeting » de l’Academia Jangada, organisée par Contramestra Suzy à Berlin .

Cela a changé ma vie ! Non pas parce qu’il n’y a que des femmes, (d’ailleurs ce n’est pas le cas) mais parce que voir autant de femmes, diplômées ou pas, faire de la capoeira c’est simplement incroyable et une source d’inspiration d’une richesse énorme. Aussi car l’échange, le partage d’expérience m’a rendu plus forte, surtout quand je me suis rendu compte que j’étais loin d’être la seule à avoir les mêmes problèmes. Puis, voir ces femmes me permet de ne pas baisser les bras dans les moments difficiles, d’être fière, d’être engagée pour les femmes et en tant que femme dans la capoeira (avec les hommes aussi bien sûr), de prendre confiance en moi, en ma capoeira et surtout continuer à me dire que j’ai beaucoup, beaucoup à apprendre!

 

Penses-tu que l’image de la femme capoeriste a évolué depuis que tu as commencé?

Oui, beaucoup ! Ces dernières années on voit enfin des femmes tenir des académies, être diplômées de la même manière que les hommes, participer à des workshops en tant qu’intervenantes, être reconnues et respectées en tant que capoeiristes. Les mentalités changent lentement, mais je crois que ça commence peu à peu à devenir obsolète et mal vu de se montrer misogyne dans la capoeira. Malgré qu’il reste encore beaucoup de progrès à faire!

 

As-tu déjà pris part à des projets sociaux-éducatifs/culturels (professionnel ou bénévole) dans ton groupe ou ailleurs avec comme base la capoeira et sa culture?

Oui, beaucoup! Cela est pour moi essentiel, autrement la capoeira perd son sens! Pour moi c’est central dans mes choix comme Treinel. Je mobilise toujours le groupe, mes collègues Treineis et le Mestre autour de projets qui me tiennent à cœur. En ce moment ce sont les réfugiés car je travaille avec des demandeurs d’asile. Et aussi un projet que nous menons avec Treinel Remi en Éthiopie avec des enfants dans un orphelinat. Mais au GCAC je crois que c’est depuis toujours. Mestre Barba Branca a créé le GCAC autour d’un projet social qui a plus de 30 ans, donc nous continuons sur la même lignée depuis très longtemps.

 

Penses-tu qu’il soit plus difficile de faire sa place en tant que Treinel/Mestra femme dans la capoeira angola comparé à la capoeira dite « contemporaine » où les Professora et Mestra sont un peu plus représentées?

Je pensais que oui, mais je me pose la question. En même temps je ne connais pas assez la situation de la femme dans la capoeira contemporaine. Je sais qu’il y a beaucoup plus de femmes diplômées qu’en Angola, mais est-ce que cela les protège des comportements misogynes, ou discriminatoires? Je ne sais pas.

Je vois parfois des choses qui m’attristent dans la capoeira contemporaine, qui ne sont pas mieux que dans la capoeira Angola. Je crois qu’on devrait échanger plus autour de cela. Je me demande si les difficultés ne sont pas forcément les mêmes, ou aux mêmes niveaux. Mais après réflexion, je pense que oui, nous sommes confrontées aux mêmes choses et que cela dépend aussi des groupes et du Mestre! J’ai entendu pas mal de choses sur la capoeira contemporaine et je me demande si elles ne sont pas plus exposées à la violence physique que nous! Je ne sais pas, je crois que je vais lancer le débat! C’est une bonne question!

As-tu déjà reçu  des réflexions ou attitudes « machistes » dans ton parcours? Si oui, quelle a été ta réaction ?

Tellement, que je crois que j’ai fini malheureusement par les banaliser. Souvent je gardais le silence, parfois je m’énervais, parfois je ne réagissais même pas, mais cela à chaque fois remettait en question beaucoup trop de choses par rapport à moi en tant que capoeiriste et par rapport à l’image que je voulais avoir de la capoeira ! Maintenant j’ai décidé de ne plus les tolérer! Vraiment plus jamais!

Mais je tiens à préciser que j’ai aussi reçu beaucoup de soutien et encouragements de la part des hommes dans la capoeira, certains Mestres, Contramestres, Profs, Treinels (du GCAC et d’autres groupes) et mes « frères » de capoeira m’ont toujours respecté.

 

Selon toi quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste ?

Beaucoup de patience avec soi-même. Il faut savoir se remettre en question aussi, très souvent, et il faut se montrer forte en même temps, mais ne jamais dénigrer le fait d’être une femme. Bien au contraire, il faut en faire une force, mais surtout il faut habiter votre capoeira! Peu importe le niveau technique, le nombre d’années, etc. si vous êtes « là », présente et vivante dans votre jeu, il sera forcément beau.

Penses-tu qu’une femme doit jouer différemment d’un homme ?

Non, mais les différences existent entre femmes et hommes, et entre individus. Faire de la capoeira implique d’avoir un jeu qui nous représente, alors c’est normal que la féminité soit représentée dans nos jeux!

Quelle est ta philosophie de vie ?

Toujours être juste, mais sans pour autant tout tolérer. Je crois de plus en plus que nous manquons trop d’empathie et de compréhension, mais aussi d’engagements envers les autres. Alors j’essaye comme tout le monde de trouver un équilibre. Mais surtout et avant tout: la vie est trop courte, et on en a qu’une seule, alors il ne faut pas perdre de temps et profiter de chaque instant.

Comment vois-tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois-tu aussi?

J’espère que dans 20 ans on aura réussi à faire le deuil des Mestres qui sont en train de partir et qui étaient et sont les dernières bibliothèques vivantes de la capoeira. J’espère qu’on trouvera l’équilibre entre les traditions qu’ils nous auront légués et les changements qui sont imminents à une capoeira qui est maintenant mondiale et multiculturelle.

J’espère que quand les futurs capoeiristes raconteront l’histoire de la capoeira elle sera empreinte du passage des femmes, et qu’elles figureront dans le panthéon de la capoeira aux côtés des grands Mestres.

Moi dans 20 ans je me vois petite vieille, avec les yeux qui continueront à briller comme un enfant chaque fois que j’entendrai le son du berimbau.

Ah oui j’oubliais ! et je pourrais voyager dans le temps, pour apprendre à jouer du berimbau avec Mestre Waldemar, aller aux rodas de Mestre Lua de Bobo, voir comment mon Mestre était quand il était Treinel, bref, tout voir!

Combien d’heures par semaine consacres-tu à la capoeira ?

Par semaine je consacre entre 8 heures et 10 h, sans compter les rodas, stages et autres. Mais c’est normal car je donne des cours et cela prend du temps!

 

C’est important pour toi  de rester féminine dans la roda ?

Je dois avouer que oui! Même si par fierté je pourrais dire « non je m’en fous », ce n’est pas vrai! J’aime bien faire attention, je me prépare pour la Roda! Normal c’est un rendez-vous important! Même si après 10 min de capoeira on dirait que j’ai décidé de courir le marathon le jour de la tempête Catrina! (rires)

Et j’avoue que je passe la plupart de ma semaine en tenue de capoeira qui,  chez les angoleiros est très « sobre » et unisexe: pantalon noir, tee-shirt du groupe… donc je mets un peu de moi, ma touche personnelle, ça me fait me sentir bien et ça fait partie de mon rituel d’avant Roda! Même si je sais que ce n’est absolument pas nécessaire, mais qui n’a jamais vu les Mestres Angoleiros sortir leur plus beau chapeau et leur plus belle chemise pour la roda?

Mais la féminité dans la roda passe aussi par d’autres choses, une présence, l’énergie qu’on apporte!

Quelle est ta chanson de capoeira préférée?

J’en ai plein, j’aime beaucoup chanter « Foi na Bahia » mais en ce moment je bloque sur une Ladainha! « Prece para Iemanja »

 

Quel message donnerais-tu aux capoeiristes feminines?

Je crois que maintenant c’est entre nos mains, on doit créer notre histoire et notre place dans la capoeira, cela ne dépend que de nous! Soyez attentives, respectueuses envers vous-mêmes, un diplôme, un titre ou une tradition ne doivent pas servir de justification à n’importe quel comportement à l’encontre d’un capoeiriste, femme ou homme! Et ne reproduisez pas ces comportements au nom d’un soi-disant fondement. Car le « fundamento » dans la capoeira ce n’est surement pas cela. Beaucoup de Mestres anciens vous le diront.

Derrière chaque Mestre, chaque académie, ce sont des femmes qui ont permis aussi et permettent encore de maintenir la capoeira vivante, cela s’est fait souvent dans l’ombre; maintenant quand on regarde le chemin fait par les femmes capoeiristes, nous pouvons en être fières!

Alors allez-y, trompez-vous, tombez, prenez-vous des coups, chantez faux, souffrez en tenant le berimbau, enragez car vous avez trouvé votre jeu nul, sentez cette boule au ventre avant chaque jeux, tordez-vous de douleur après un entrainement, car c’est ça qui fait notre force à nous les femmes…on peut tout surmonter !

Puis une fois les difficultés passées, prenez votre place de capoeiriste fièrement car vous l’avez vraiment mérité.

lipstickcapoeira

Retrouvez Ada sur FB  ici

RDV le mois prochain pour une autre interview et d’ici là à bientôt pour un nouvel article! Bonne semaine les guerrières 🙂

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Les machos dans la capo

La semaine dernière sur Instagram je suis tombé sur un post de Mestre Jelon accompagnant  cette photo avec le  commentaire suivant que je vous traduis juste après ci-dessous:

insta-mestre jelon

« Achei isso interessante e resolvi compartilhar com vocês, porque é um fato que sempre mim incomodou em vários eventos de Capoeira (Não generalizando). A discriminação contra a mulher é reflexo da herança de uma sociedade patriarcal, que tem no homem desde do inicio da história da humanidade. Claro que as vitórias das mulheres em sua luta para se posicionar na sociedade, são imensas. Prova disso é que temos mulheres como presidentes em vários países e também com posições tão importante quanto a do homens mas, ainda há muita disparidade… Iniciei na Capoeira em 1963 e as poucas mulheres que conheci praticando a arte não eram respeitadas, mas hoje eu vejo uma grande mudança nessa atitude, já temos várias mulheres mestras fazendo trabalho seríssimo, e na minha opinião uma das coisas mais importante que aconteceu na Capoeira foi a participação das mulheres, mas ainda há muito trabalho para ser feito… Dizem que é uma questão cultural, mas eu digo que é educação… « 

traduction LipstickCapoeira

traduction LipstickCapoeira

« J’ai trouvé cette affiche intéressante et je voulais la partager avec vous car c’est une chose  qui m’a toujours incommodé dans beaucoup d’évènements de capoeira (sans généraliser). La discrimination envers les femmes provient d’un héritage d’une société patriarcal ancré chez l’Homme depuis la création de l’humanité.  Bien sûr que les victoires des femmes, dans leurs diverses luttes pour se positionner dans la société sont immenses. La preuve en est qu’il y a des femmes présidentes dans plusieurs pays du monde et beaucoup de femmes occupent des postes à hautes responsabilités, mais il y a encore beaucoup d’inégalités. J’ai débuté la capoeira en 1963 et le peu de femmes capoeiristes que j’ai connu à cette époque n’étaient pas respectées. Mais aujourd’hui je vois un très grand changement d’attitude car il y a plusieurs Mestras qui font un travail très sérieux avec la capoeira. Selon moi, l’une des choses les plus importantes qu’il se soit produit dans la Capoeira est la participation des femmes dans cet art. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire. Il parait que c’est une question de culture : moi je dis que c’est une question d’éducation… »

Lorsque j’ai rencontré Mestre Jelon pour la première fois c’était à New York en 2009. Durant mon séjour, j’étais allé rendre visite à Mestre Joao Grande dans son académie et  il m’avait alors invité à aller avec lui (et Garça, une de ses élèves) à l’évènement de Mestre Jelon qui avait lieu quelques jours plus tard.

Lorsqu’on s’est rendu à l’endroit de l’événement, une super église transformée en lieux culturel ou  s’organisait des concerts, des spectacle… et des batizado de capoeira,  Mestre Jelon nous a tout de suite mis à l’aise Garça et moi, il est venu discuter un ptit peu avec nous et déjà là on pouvait ressentir cet état d’esprit que la capoeira est pour tout le monde, homme femme, pas de distinction, de discrimination d’aucune sorte, tous égaux.

C’est pour ça que lire son post cette semaine sur Instagram m’a remémoré cet instant et cette rencontre avec une personne humble, respectueuse, aimable et avenante et je pense sincerement qu’il œuvre dans ses évènements pour que les préjugés machos s’effacent petit à petit.

Un Mestre est plus ou moins la figure du père dans les arts martiaux (toute proportions gardées) et à ce titre doit donner l’exemple auprès de ses élèves. Qui n’a pas de souvenir d’évènements où les femmes (même prof, contra mestra) sont reléguées au second (voire troisième) rang, où leur place est dans les chœurs, à frapper dans les mains et surtout pas au berimbau, où on ne leur laisse pas la possibilité de lancer un chant… bref, je pourrais citer quelques évènements où je me suis rendu en France et au Brésil (d’ailleurs surtout au Brésil) et où j’ai pu observer ces comportements machistes.

Donc, j’ai voulu relayer ce post de Mestre Jelon, car ce n’est pas courant de lire des textes de ce style venant de références en capoeira. Je suis convaincue que c’est avec des actions telle que celle-ci que d’autres capoeiristes (prof, mestres…) vont réfléchir à leur comportement dans la roda ou pendant des évènements et à leur attitude (consciente ou non) par rapport à cette problématique.

Le bon exemple doit venir des « plus grands », des profs, des contre-mestres, des mestres, bref  des anciens, car c’est notre référence, notre exemple dans la capoeira. Comme on dit au Brésil : « filho de peixe, peixinho é » (grosso modo : tel père tel fils, ou dans notre cas : tel Mestre, tel élève).

Il est vrai que cet article est principalement destinés aux capoeiristes hommes mais les femmes également on leur role à jouer dans ce changement de mentalité : pour se faire prendre au sérieux encore faut il être soit même sérieuse dans son comportement et son attitude dans cet art et ce, quelque soit le grade ou le nombre d’années de pratique.

Voila, c’était un article pour saluer la petite initiative d’un grand Mestre et j’espère qu’il y en aura beaucoup d’autres comme celle-ci.

Iguana, Mestre Jelon, Garça, Mestre Joao Grande - NYC

Iguana, Mestre Jelon, Garça, Mestre Joao Grande – NYC

Et vous, avez-vous déjà vécu ou observé ce genre de situation ?

Bonne semaine à toutes les guerrières !

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Acorda Maria Bonita

A toutes les guerrières du quotidien partout dans le monde, en ce mois de mars dédié à « la femme », Lipstick se devait d’apporter sa petite contribution. Et pour le coup ça sera une contribution historique et musicale 🙂

J’ai choisis de vous parler d’une figure féminine historique chantée régulièrement dans les rodas : Maria Bonita (qui en plus est née un 8mars, journée de la femme!)  Bon, en vérité j’ai choisis de parler de Maria Bonita, non pas pour la figure historique qu’elle est devenue en fricotant avec Lampiao mais plutôt  pour mettre à l’honneur une très belle chanson d’Angola que j’ai eu la chance d’apprendre avec Mestre Boca Rica dans son académie, il y a quelques années (et malheureusement je ne l’ai jamais entendu ailleurs que dans son académie).

Alors j’ai fait un travail sur moi et je me suis filmée en m’accompagnant au berim (ps: #jenesuispaschanteuse)  car c’est vraiment une très belle chanson et si elle pouvait être plus  chantée dans les rodas ça serait super. Bon, pour celles qui n’ont jamais entendu parler de Maria Bonita ni de Lampiao (paaaas bien) voici un très bref rattrapage (je vous laisserai faire de plus ample recherches sur le sujet):

« Personnage légendaire de l’histoire brésilienne, le célèbre bandit Lampiao (né vers 1897) qui défia pendant près de vingt ans,  non seulement les autorités du Nordeste brésilien mais encore le pouvoir central, fut décapité en 1938, et sa tête fut exposée sur la place publique. Voici comment l’un de ses contemporains l’a décrit : « Lampiao, qui possède un coeur furieux tel un Vésuve de crimes, est en réalité, il ne faut pas le nier, un bandit exceptionnel. Il génère le crime et s’en nourrit. Cet homme qui, le matin, regarde le soleil à travers le canon de son fusil meurtrier, qui, la nuit, baigne la lame froide de son poignard dans les rayons mélancoliques de la lune, ce Lampiao qui sème la douleur, qui fait des veuves et des orphelins, bourreau des vierges, violeur des foyers est en réalité un bandit dont la structure psychologique, si elle était analysée par des scientifiques compétents, offrirait au monde le portrait d’une individualité exceptionnelle capable du pire. » extrait du livre:Lampião, vies et morts d’un bandit brésilien de Elise Grunspan Jasmin

C’est en 1929 qu’il rencontre Maria Gomes de Oliveira, connue comme Maria Bonita. Née le 8 mars 1911, elle est alors mariée. Lors de ses régulières disputes avec son mari, elle se refugie chez ses parents, qui abritent parfois Lampião et ses troupes. C’est là qu’elle rencontre le bandit et décide de rejoindre ses troupes à ses côtés, devenant la première femme à intégrer un groupe de Cangaço. Par la suite, d’autres femmes rejoindront la bande. Le couple sanguinaire sévira jusqu’au 27 juillet 1938, jour où la bande se retrouve prise au piège dans son repère, par les troupes de la police ». (extrait Le PetitJournal)

Maria Bonita

Maria Bonita

Donc tous deux sont  considérés comme de véritables héros dans le folklore brésilien (malgré toutes les atrocités qu’eux  et leur bande ont pu commettre) et donc chanté comme il se doit dans les roda de capoeira. Voilà, ça c’était pour le côté historique.

Même si personnellement je ne considère pas Lampiao et sa bande comme des héros ou des justiciers (mais libre à chacun de se faire son avis) je dois dire qu’être une femme dans ces conditions là, vivre toute l’année dans le maquis, dormir constamment d’un seul oeil,  et surtout réussir à se faire respecter un minimum parmi cette bande de mecs,  était pour l’époque un acte assez guerrier et rebel.

Donc pour en revenir à la vidéo et en particulier à cette chanson « Acorda Maria Bonita », elle a été écrite par Volta Seca (surnom d’un des membres de la bande à Lampiao). C’est une chanson folklorique dont le refrain dit:

« Réveilles toi Maria Bonita

Lèves toi et va faire du café (ouais OK l’émancipation des femmes à l’époque c’était pas trop d’actualité)

Le jour est en train de se lever

Et la police est déjà en route »

Autant je ne suis pas fan de la version folklorique originale (dispo sur youtube), autant la version angola de Mestre Boca Rica est tellement poétique, douce et pleine de tendresse quand il l’a chante avec ses yeux brillants et son sourire, que ça ferait passer Maria Bonita pour une innocente, pure et frêle jeune femme.

C’est pourquoi je vous propose cette petite adaptation (by myself) en version Angola et Benguela pour multiplier les occasions de la chanter. J’espère que vous aimerez  et surtout n’oubliez pas : #soyezindulgentes #jenesuispaschanteuse :p   vidéo

 

Et si plus de vidéos ou podcasts musicaux sur des chansons de capoeira ayant pour thème les femmes vous plairait, levez la main.

D’après vous, quelle contribution une capoeiriste peut elle apporter pour la journée/le mois de la femme? Avez vous fait des rodas spéciales dans votre groupes?

L’Interview du mois: Professora Chiclete

Toute première interview d’une angoleira dans cette rubrique! Ce mois-ci j’ai choisi de vous présenter professora Chiclete du groupe Angoleiros do Mar. Je l’ai rencontré au Natal Capoeirando du groupe Arte Negra à Bordeaux en décembre dernier et j’ai halluciné quand je l’ai vu jouer. Une ptite minette élancée qui ne paye pas de mine se transforme dans la roda en une angoleira pleine de malice, de style et de technique . J’ai vraiment adoré la voir jouer et l’observer en dehors de la roda. Je trouve qu’il est difficile d’être une prof de capo quelque soit le style mais particulièrement en capoeira angola ou le poids des traditions et des vieilles habitudes ont la vie dures et c’est pourquoi je voulais avoir le point de vue de Chiclete sur ces différents aspects. Je vous laisse découvrir  son parcours et sa vision de la capoeira.

Professora Chiclete

Professora Chiclete

Peux tu te présenter : Nom de guerre, grade, groupe, ville?

Je m’appeler Julie Flipo ou « Chiclete » (traduction chewing gum) en Capoeira.

Je suis « professeur » du groupe Angoleiros Do Mar à Lille dans le Nord de la France.

Le groupe Angoleiros Do Mar a été fondé en 1998 sur l’ile d’Itaparica dans l’Etat de Bahia par Mestre Marcelo Angola.

Quand et comment as tu connu la capoeira ?

J’ai découvert la Capoeira en 2001 à México dans l’Université ou j’étudiais. C’est là que j’ai rencontré Mestre Marcelo Angola.

Quelle a été ton évolution dans la capoeira et quel est ton rôle au sein de ton groupe?

J’ai pratiqué 2 ans avec Mestre Marcelo Angola à México puis 1 an à l’école de l’ile d’Itaparica , puis j’ai fondé en France, en 2004, avec l’aide de Contra-Mestre Bizarro, l’école de Capoeira Angola de Lille.

En 2009, j’ai repris les rennes de l’Ecole seule, je suis d’abord passé « Trenel », puis « Professeur ».

Mais dans notre groupe, les « grades » n’ont pas tellement d’importance. Ce qui importe c’est ta « vivencia », ton vécu et ton implication dans l’histoire du groupe.

 Quels étaient tes objectifs initiaux quand tu as commencé ?

Au début, je pratiquais pour moi !

J’aimais profiter des énergies de la Capoeira, des amis, des rencontres…

Puis, rentrée en France, je n’avais pas le choix : pas de Capoeira Angola dans ma ville…

J’ai du faire en sorte que la Capoeira Angola puisse me suivre jusqu’à Lille !

Comment est venu ton nom de capoeriste ?

J’ai été gymnaste dans mon enfance, à un niveau national pendant quelques années.

Quand Mestre Marcelo m’a rencontré, à 18 ans, j’étais encore très souple !!

D’ou le nom « chewing gum » :=)

Y’avait il beaucoup de femmes capoeiristes dans ton groupe quand tu as commencé ?

A l’époque, les cours mélangeaient autant de femmes que d’hommes

A cette époque, quelles étaient tes inspirations femme dans la capoeira ?

J’avais une professeur réfèrente sur l’ile d’itaparica : Brisa

A ce jour, elle a malheureusement arrêté….

Sinon : aucune !Et encore très peu à ce jour :=(

Quel moment t’a le plus marqué jusque là  dans ton parcours de capoeira ?

Je pense qu’il n’y a pas de moment précis…

L’apprentissage de la capoeira et un long chemin ! et c’est toute sa durée et sa difficulté qui en fait sa puissance.

As-tu déjà participé à des rencontres féminines de capoeira? Jusqu’à aujourd’hui, non

Je n’étais pas « pour »….

Capoeira e pra homem, menino e mulher

Il n’est selon moi pas nécessaire de distinguer les genres, c’est une réponse du même ordre que le machisme

Je refuse de répondre à la ségrégation par la ségrégation

Je pense que toute femme a sa place dans une rencontre, elle doit simplement se battre 2 fois plus qu’un homme pour obtenir son espace !!

Là Cependant, dans 2 semaines, je vais participer à mon 1er évènement de femmes.

Je vais aller ressentir l’énergie, mieux vaut tester les choses avant d’en parler…

Je t’en reparlerai après…. :=)

Penses tu que l’image de la femme capoeriste a evolué depuis que tu as commencé?

L’image de la femme capoeiriste n’a pas « évolué » depuis 2000, elle s’est simplement « créée » !!

Car, sauf erreur de ma part, les femmes n’ont même pas 30 ans dans la Capoeira !!

Nous sommes la 1ère génération de femme à avoir réellement accès à la Capoeira et à ce qu’elle peut apporter…

Nous avons beaucoup de responsabilité sur les épaules, et peu ou presque pas de « référence »

Est-ce difficile de faire sa place comme professeur de capoeira angola quand on est une femme?

Il est difficile de faire sa place dans n’importe quel milieu professionnel lorsque l’on est une femme en général.

Il est clair que la Capoeira étant une culture essentiellement masculine depuis des décénnies, c’est encore plus difficile

Sans oublier que la Capoeira vient du Brésil, le seul pays au monde qui a une police spéciale pour les femmes «délégacia da mulher » et une loi spéciale pour les violences conjuguales (lei Maria da Pena), donc oui un pays quelque peu « machiste »

Donc, comme je l’ai dit précédemment, pour moi, une femme a accès à tout, mais elle doit fournir 2 fois plus d’efforts pour le prouver !

Quelles difficultés as tu dû surmonter (essayes tu toujours de surmonter) dans ton parcours?

Il est difficile d’obtenir une certaine valorisation de ta « force »

Certes, les femmes n’ont pas la même « force » physique que les hommes et nous ne l’aurons jamais, mais la femme possède d’autres « forces » bien plus subtiles qu’elle doit pouvoir mettre en avant.

Le fait de ne pas te laisser l’accès au chant dans certaines écoles, de ne pas te laisser jouer plus de 30 secondes…

Ou les mouvements machistes durant le jeu de Capoeira : l’homme qui balance son bassin sur ton visage dans une position ou tu es rabaissée physiquement, ou bien l’homme qui profite de son poids pour rester assis sur toi dans une position de faiblesse physique pendant le jeu… bref, quelques difficultés oui.

En plus d’être une femme, je suis française (non-brésilienne) et également « blonde » ! La discrimination est parfois tellement facile :=)

As tu déjà pris part à des projets sociaux-educatifs/culturels dans ton groupe ou ailleurs avec comme base la capoeira?

Le travail depuis 2004 à Lille est entièrement mélé à un projet socio-éducatif sur l’ile d’Itaparica.

Les différents professeurs du groupe que nous appelons pour travailler en Europe viennent tous de conditions de vie difficile et la Capoeira leur permet aujourd’hui de faire vivre décemment leurs familles restées au Brésil.

De plus, tous les ans, les enfants de l’ile qui pratiquent la Capoeira, ont la possibilité de rencontrer des Capoeiristes du monde entier en Janvier et Février qui viennent s’entrainer dans l’Ecole de l’ile avec Mestre Marcelo. Certains élèves comme India du Chili donne des cours de diverses matières pendant ces 2 mois, d’autres enseignent la percussion, l’artisanat et tous les ans, tous les étrangers participent à  des dons de vêtements, chaussures et autres.

Le groupe Angoleiros Do Mar est très lié à travers le Monde et surtout avec sa base sur l’ile d’Itaparica.

Tu vas régulièrement au Brésil, parles nous un peu de cet attachement que tu as avec ce pays et ce peuple.

Je vais au Brésil tous les ans depuis 14 ans, au moins 1 mois oui

Il est nécessaire de recharger les batteries dans la maison mère.

Et surtout de continuer le lien avec l’Ecole de l’ile et des Rodas des anciens maîtres à Salvador

L’arbre, s’il veut continuer à fleurir, ne peut couper ses racines :=)

Te vois-tu y faire ta vie plus tard?

J’y ai déjà vécu 1 an…

Pour l’instant, je ne souhaite pas y vivre toute l’année.

La réalité là-bas est autre, les conditions de vie assez difficiles

Pour le moment, j’aime bien cette dualité France l’été et Bahia l’hiver :=)

Développes-tu des échanges intercontinentaux entre tes élèves de Lilles et de l’Ile? 🙂

Oui, la plupart de mes élèves ont compris que s’ils voulaient être de « vrais » capoeiristes, il fallait aller découvrir son essence, donc aller au Brésil, et encore plus, sur l’ile

Tous les ans, entre 4 et 5 d’entre eux me suivent là-bas

Inversement, nous invitons tous les ans un professeur de l’ile à venir en Europe pour échanger.

Selon toi, quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste ?

Hargneuse, déterminée, courageuse, et surtout comme pour tout autre activité HUMBLE…. Le chemin est très long !!!

Penses-tu qu’une femme doit jouer différemment d’un homme ?

Ce n’est pas qu’elle « doive » jouer différemment  c’est qu’elle « ne peut pas » jouer comme un homme !! Et tant mieux car ce n’est surtout pas le but !

Le jeu de Capoeira c’est 80% de psychologique et on sait tous que la femme possède en elle une force mentale assez puissante.

Elle doit être très courageuse pour affronter des personnes faisant parfois le double de son poids, mais elle peut aussi en tirer partie rapidement !

La femme possède des qualités impressionnantes de rapidité, flexibilité et surtout d’intelligence qui lui permet d’avoir une palette de jeu très ample !!

Quelle est ta philosophie de vie ?

Nao se consegue nada sem sofrer….

Plus c’est dur, plus ce sera bon à la fin :=)

Comment vois-tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois-tu aussi?

Ma philosophie : deixa vida me levar…

Aucune idée, seul Dieu sait… et je lui laisse les rennes…

Combien d’heures par semaine consacres-tu à la capoeira ?

A la Capoeira ? 12h par jour 7 jour/semaine

A la pratique de la Capoeira ? au moins 10h et si Festival le week-end alors 10h de plus :=)

C’est important pour toi  de rester féminine dans la roda ?

La féminité c’est une manière d’agir, de penser et d’être. C’est la « mandinga » des femmes.

La féminité est donc un atout à conserver dans toutes les situations de vies

A ne pas confondre avec les « démonstrations de féminité » (maquillage, bijoux, décolleté et autres dessous inappropriés…)

Je déconseille ces atours pendant la Roda, car déjà ils peuvent être dangereux (dans le cas de la boucle d’oreille ou de la bague qui arrache le membre), mais aussi parce qu’ils peuvent déplacer l’attention des « specateurs » au mauvais endroit et donc ne permettra pas la vraie mise en valeur de la Capoeira de l’intéressée

Finalement, j’ai un rapport assez « spirituel » avec la Capoeira, et j’aime lui monter un certain « respect » pendant la roda et je pense que la sobriété en fait partie….

Quelle est ta chanson de capoeira préférée?

Deixa que eu levo meu barco pro mar

Le mostro o que deve fazer

Assim quando eu nao aguentar

Voce ja sabe o que fazer

Traduction :

Laisse-moi emmener mon bâteau en mer

Je te montre comment il faut faire

Comme ça quand je n’aurai plus de force

Tu sauras comment faire

J’aime cette chanson car elle parle de moments de faiblesse dans ton parcours de Capoeiriste, et de création de lien de confiance avec certaines personnes, qui, au moment ou tu en auras besoin, seront là pour t’aider, te soutenir

Quel message donnerais-tu aux capoeiristes feminines?

Ne nous battons pas de manière ostentatoire pour obtenir du respect ou de la place

Prenons notre place subtilement et lentement à coup de travail dur et de sueur

Le respect s’obtient en prouvant votre détermination silencieuse et continue…

Tem mulher na roda !

Où peut-on te retrouver ?

Si quiser me ver, vai no « Fofocabook » (FB): « chiclete angoleiros do mar lille »

Ou sur www.capoeira-lille.com

 Et si vous souhaitez en savoir encore plus sur Professora Chiclete, vous trouverez ICI une autre interview (et oui elle est très demandée cette demoiselle!) ou elle se raconte un peu plus.

Bonne lecture les guerrières!

Mestra Suelly, The Making of a Mestra

En ce 1er mars, je vous propose de découvrir une référence en matière de capoeirista:  Mestra Suelly. Hélas je n’ai pas encore eu l’occasion de l’interviewer mais je crois e les doigts de le faire un  jour. Que dire de Mestra Suelly?…. on pourrait faire un blog entier sur elle (comme sur beaucoup d’autres Mestra de capoeira). Plus de 30 ans de pratique de la capoeira et 1ere femme américaine à recevoir le sacré graal, le titre de Mestra. En septembre dernier elle achevait une aventure incroyable : relier Berkeley (Californie) à Bahia (Nordeste-Brésil) à vélo en compagnie de son compagnon de toujours, Mestre Acordéon (et de quelques uns de leur disciples).  A travers ce texte de Mestre Acordeon vous allez découvrir une guerrière, en plus d’avoir le point de vue de Mestre Acordeon sur les femmes dans la capoeira et en prime une belle déclaration d’amour entre les lignes.

« Le « Iê » de Mestre Joel avait complètement inondé la pièce tel le cri d’un puissant guerrier ralliant ses soldats, faisant ainsi régner le silence autour de lui. Ce cri était fort, mais  doux et rauque à la fois,  comme du cristal que l’on faisait vibrer d’émotion. Toutes les personnes présentes dans la pièce à ce moment là ont ressenti cet instant. Ils étaient silencieux, attendant le moment où viendrait la ladainha. Je touchais le sol, sous le berimbau gunga, capturant ainsi de mes mains l’axé que je lançais au loin tel le pécheur qui lance un filet, ou le paysans semant ses graines sur une terre fertile.

En écoutant l’appel de Mestre Joël , mon corps entier eut  la chair de poule et j’ai commençais le chant  avec une infinie émotion:

« Tava la em casa, o Iaia

sem pensar nem imaginar

Tava la em casa, o laia

sem pensar nem imaginar

Quando ouvi bater na porta

Quando ouvi bater na porta, o iaia

Salomao mandou chamar

Pra ensinar a capoeira » …

Au milieu de la chanson, je n’avais pas bien articulé le mot ‘capoeira’, ce mot s’est perdu au milieu d’autres  sons incompréhensibles. J’avais soudain l’impression que mon cœur gonflait tellement  qu’il n’arrivait plus à tenir dans ma poitrine. S’en suivi une sensation de vertige comme soufflé au milieu d’une tempête qui me fit presque abandonner le jeu. Mestre Suassuna reprit alors le chant. Tout ce que j’avais à faire à présent était de jouer ma capoeira.

suelly9

Suelly (Suellen Einarsen) a commencé la capoeira en 1982. C’était une de mes premières élèves aux Etats Unis. Malgré le fait qu’elle soit débutante en capoeira, la qualité de ses mouvements ont toujours reflétés la technicité d’années de pratique de danse. Son chemin dans la capoeira était parallèle à sa carrière de danse moderne. Cependant, jamais ces deux disciplines ne se mêlèrent. Selon elle, les mouvements de capoeira ne devaient jamais être sortis de leur contexte dans le but d’enrichir une chorégraphie de danse. Inversement, sa capoeira ne se transformait jamais en danse uniquement.

Sans aucun doute, la capoeira rassemble pleins d’éléments : danse, musique, combat, théâtre, rituel, tradition et philosophie. Mais par essence, la capoeira est un combat ritualisé qui fonctionne comme un moyen d’expression individuelle à travers laquelle le capoeiriste lutteur,  philosophe, et finalement  artiste qui pratique son art avec son propre corps, ses émotions, son esprit, se retrouve avec lui même. Tout comme chaque chose dans la vie qui balance d’un côté ou d’un autre, Suelly à l’avantage et l’inconvénient d’être ma femme, ma compagne de tant de voyages et d’aventures. D’un côté, sa familiarité avec la capoeira s’en est trouvée enrichi par cette intimité, cette osmose. De l’autre côté, elle a souffert et continue de souffrir de l’immense pression de mes critiques. La manière dont je vis et ressens les choses font que c’est comme si elle était une extension de moi même, subordonnée à la même discipline que je m’impose dans la capoeira.  Je ne suis pas perfectionniste, mais j’exige toujours de moi même le maximum que je puisse donner. Après avoir suggéré l’idée et avec l’accord des autres mestres présents à notre dernier batizado, Mestre Ra a décidé qu’il était temps pour la Contra-Mestra Suelly de devenir Mestra de capoeira. Sans aucun doute, sa dévotion à la capoeira, son expérience et la qualité de son jeu ont justifié cette décision. Au delà de ca, c’est l’une des meilleurs professeurs dans notre académie et un bien meilleur enseignant que moi.

Donc, avec l’accord des Mestres Suassuna, Joel, Gato, Preguiça, Deputado, Bandeira, Amen, Efraim, Roni, Barrão, Pescoço, et Urubu et avec la bénédiction de tous les orixas, tout ce qui me restait à faire à cet instant précis, était de jouer ma capoeira. Une fois encore, nous nous sommes retrouvés au pied du berimbau. La musique de capoeira n’a jamais paru aussi belle et profonde à mes yeux qu’à cet instant. Un grand nombre de personnes présentes ce jour là ont mesuré la dimension de ce moment si spécial. Certains, submergés par l’émotion en ont même pleuré. La première femme capoeiriste née aux États-Unis était sur le point d’être rebaptisée. Qu’est ce que ce moment allait réellement signifier ? Une marque dans l’histoire de cet art traditionnellement masculin qui malheureusement se comporte toujours d’une manière sexiste et intolérante ? Sans aucun doute, un parallèle existe entre le peuple brésilien et américain en termes de diversité culturelle et raciale. Cependant si on regarde les droits sociaux, nous brésiliens, sommes loin derrière.  Malgré tout, le difficile combat pour l’égalité homme- femmes continu aux États-Unis tout comme au Brésil. Mais à cet instant précis, au pied du berimbau, Suelly est devenu le symbole d’une autre victoire féministe : un exemple des possibilités qui peuvent se réaliser au son du berimbau.

mestra suelly mestra acordeon

mestra suelly mestra acordeon

Aujourd’hui ma mémoire n’est plus aussi jeune, elle ne me rappelle que les jeux que j’ai joué. Cependant il m’est impossible de me souvenir de ce jeu avec Suelly. Ce qu’il me reste en mémoire est l’essence de ce moment : l’émotion, la valeur donnée à tant d’année de travail, et l’espoir qu’un précédent venait d’être créé : la reconnaissance que le travail, la connaissance et la dévotion à l’art de la capoeira est capable de briser les barrières de la race, du genre, des frontières et d’unir chacun de nous au sein d’une même famille. Puissions nous tous être frères dans la capoeira »

source : article « Mestra Suelly, The making of a Mestra » by Mestre Acordeon »  (traduction Iguana)

Découvrez le projet Berkeley to Bahia ICI

Que vous inspire cet article? En ce mois de mars « consacré » aux droits des femmes dans le monde, laissez vos comm 🙂

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