L’Interview du mois: Professora Chiclete

Toute première interview d’une angoleira dans cette rubrique! Ce mois-ci j’ai choisi de vous présenter professora Chiclete du groupe Angoleiros do Mar. Je l’ai rencontré au Natal Capoeirando du groupe Arte Negra à Bordeaux en décembre dernier et j’ai halluciné quand je l’ai vu jouer. Une ptite minette élancée qui ne paye pas de mine se transforme dans la roda en une angoleira pleine de malice, de style et de technique . J’ai vraiment adoré la voir jouer et l’observer en dehors de la roda. Je trouve qu’il est difficile d’être une prof de capo quelque soit le style mais particulièrement en capoeira angola ou le poids des traditions et des vieilles habitudes ont la vie dures et c’est pourquoi je voulais avoir le point de vue de Chiclete sur ces différents aspects. Je vous laisse découvrir  son parcours et sa vision de la capoeira.

Professora Chiclete

Professora Chiclete

Peux tu te présenter : Nom de guerre, grade, groupe, ville?

Je m’appeler Julie Flipo ou « Chiclete » (traduction chewing gum) en Capoeira.

Je suis « professeur » du groupe Angoleiros Do Mar à Lille dans le Nord de la France.

Le groupe Angoleiros Do Mar a été fondé en 1998 sur l’ile d’Itaparica dans l’Etat de Bahia par Mestre Marcelo Angola.

Quand et comment as tu connu la capoeira ?

J’ai découvert la Capoeira en 2001 à México dans l’Université ou j’étudiais. C’est là que j’ai rencontré Mestre Marcelo Angola.

Quelle a été ton évolution dans la capoeira et quel est ton rôle au sein de ton groupe?

J’ai pratiqué 2 ans avec Mestre Marcelo Angola à México puis 1 an à l’école de l’ile d’Itaparica , puis j’ai fondé en France, en 2004, avec l’aide de Contra-Mestre Bizarro, l’école de Capoeira Angola de Lille.

En 2009, j’ai repris les rennes de l’Ecole seule, je suis d’abord passé « Trenel », puis « Professeur ».

Mais dans notre groupe, les « grades » n’ont pas tellement d’importance. Ce qui importe c’est ta « vivencia », ton vécu et ton implication dans l’histoire du groupe.

 Quels étaient tes objectifs initiaux quand tu as commencé ?

Au début, je pratiquais pour moi !

J’aimais profiter des énergies de la Capoeira, des amis, des rencontres…

Puis, rentrée en France, je n’avais pas le choix : pas de Capoeira Angola dans ma ville…

J’ai du faire en sorte que la Capoeira Angola puisse me suivre jusqu’à Lille !

Comment est venu ton nom de capoeriste ?

J’ai été gymnaste dans mon enfance, à un niveau national pendant quelques années.

Quand Mestre Marcelo m’a rencontré, à 18 ans, j’étais encore très souple !!

D’ou le nom « chewing gum » :=)

Y’avait il beaucoup de femmes capoeiristes dans ton groupe quand tu as commencé ?

A l’époque, les cours mélangeaient autant de femmes que d’hommes

A cette époque, quelles étaient tes inspirations femme dans la capoeira ?

J’avais une professeur réfèrente sur l’ile d’itaparica : Brisa

A ce jour, elle a malheureusement arrêté….

Sinon : aucune !Et encore très peu à ce jour :=(

Quel moment t’a le plus marqué jusque là  dans ton parcours de capoeira ?

Je pense qu’il n’y a pas de moment précis…

L’apprentissage de la capoeira et un long chemin ! et c’est toute sa durée et sa difficulté qui en fait sa puissance.

As-tu déjà participé à des rencontres féminines de capoeira? Jusqu’à aujourd’hui, non

Je n’étais pas « pour »….

Capoeira e pra homem, menino e mulher

Il n’est selon moi pas nécessaire de distinguer les genres, c’est une réponse du même ordre que le machisme

Je refuse de répondre à la ségrégation par la ségrégation

Je pense que toute femme a sa place dans une rencontre, elle doit simplement se battre 2 fois plus qu’un homme pour obtenir son espace !!

Là Cependant, dans 2 semaines, je vais participer à mon 1er évènement de femmes.

Je vais aller ressentir l’énergie, mieux vaut tester les choses avant d’en parler…

Je t’en reparlerai après…. :=)

Penses tu que l’image de la femme capoeriste a evolué depuis que tu as commencé?

L’image de la femme capoeiriste n’a pas « évolué » depuis 2000, elle s’est simplement « créée » !!

Car, sauf erreur de ma part, les femmes n’ont même pas 30 ans dans la Capoeira !!

Nous sommes la 1ère génération de femme à avoir réellement accès à la Capoeira et à ce qu’elle peut apporter…

Nous avons beaucoup de responsabilité sur les épaules, et peu ou presque pas de « référence »

Est-ce difficile de faire sa place comme professeur de capoeira angola quand on est une femme?

Il est difficile de faire sa place dans n’importe quel milieu professionnel lorsque l’on est une femme en général.

Il est clair que la Capoeira étant une culture essentiellement masculine depuis des décénnies, c’est encore plus difficile

Sans oublier que la Capoeira vient du Brésil, le seul pays au monde qui a une police spéciale pour les femmes «délégacia da mulher » et une loi spéciale pour les violences conjuguales (lei Maria da Pena), donc oui un pays quelque peu « machiste »

Donc, comme je l’ai dit précédemment, pour moi, une femme a accès à tout, mais elle doit fournir 2 fois plus d’efforts pour le prouver !

Quelles difficultés as tu dû surmonter (essayes tu toujours de surmonter) dans ton parcours?

Il est difficile d’obtenir une certaine valorisation de ta « force »

Certes, les femmes n’ont pas la même « force » physique que les hommes et nous ne l’aurons jamais, mais la femme possède d’autres « forces » bien plus subtiles qu’elle doit pouvoir mettre en avant.

Le fait de ne pas te laisser l’accès au chant dans certaines écoles, de ne pas te laisser jouer plus de 30 secondes…

Ou les mouvements machistes durant le jeu de Capoeira : l’homme qui balance son bassin sur ton visage dans une position ou tu es rabaissée physiquement, ou bien l’homme qui profite de son poids pour rester assis sur toi dans une position de faiblesse physique pendant le jeu… bref, quelques difficultés oui.

En plus d’être une femme, je suis française (non-brésilienne) et également « blonde » ! La discrimination est parfois tellement facile :=)

As tu déjà pris part à des projets sociaux-educatifs/culturels dans ton groupe ou ailleurs avec comme base la capoeira?

Le travail depuis 2004 à Lille est entièrement mélé à un projet socio-éducatif sur l’ile d’Itaparica.

Les différents professeurs du groupe que nous appelons pour travailler en Europe viennent tous de conditions de vie difficile et la Capoeira leur permet aujourd’hui de faire vivre décemment leurs familles restées au Brésil.

De plus, tous les ans, les enfants de l’ile qui pratiquent la Capoeira, ont la possibilité de rencontrer des Capoeiristes du monde entier en Janvier et Février qui viennent s’entrainer dans l’Ecole de l’ile avec Mestre Marcelo. Certains élèves comme India du Chili donne des cours de diverses matières pendant ces 2 mois, d’autres enseignent la percussion, l’artisanat et tous les ans, tous les étrangers participent à  des dons de vêtements, chaussures et autres.

Le groupe Angoleiros Do Mar est très lié à travers le Monde et surtout avec sa base sur l’ile d’Itaparica.

Tu vas régulièrement au Brésil, parles nous un peu de cet attachement que tu as avec ce pays et ce peuple.

Je vais au Brésil tous les ans depuis 14 ans, au moins 1 mois oui

Il est nécessaire de recharger les batteries dans la maison mère.

Et surtout de continuer le lien avec l’Ecole de l’ile et des Rodas des anciens maîtres à Salvador

L’arbre, s’il veut continuer à fleurir, ne peut couper ses racines :=)

Te vois-tu y faire ta vie plus tard?

J’y ai déjà vécu 1 an…

Pour l’instant, je ne souhaite pas y vivre toute l’année.

La réalité là-bas est autre, les conditions de vie assez difficiles

Pour le moment, j’aime bien cette dualité France l’été et Bahia l’hiver :=)

Développes-tu des échanges intercontinentaux entre tes élèves de Lilles et de l’Ile? 🙂

Oui, la plupart de mes élèves ont compris que s’ils voulaient être de « vrais » capoeiristes, il fallait aller découvrir son essence, donc aller au Brésil, et encore plus, sur l’ile

Tous les ans, entre 4 et 5 d’entre eux me suivent là-bas

Inversement, nous invitons tous les ans un professeur de l’ile à venir en Europe pour échanger.

Selon toi, quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste ?

Hargneuse, déterminée, courageuse, et surtout comme pour tout autre activité HUMBLE…. Le chemin est très long !!!

Penses-tu qu’une femme doit jouer différemment d’un homme ?

Ce n’est pas qu’elle « doive » jouer différemment  c’est qu’elle « ne peut pas » jouer comme un homme !! Et tant mieux car ce n’est surtout pas le but !

Le jeu de Capoeira c’est 80% de psychologique et on sait tous que la femme possède en elle une force mentale assez puissante.

Elle doit être très courageuse pour affronter des personnes faisant parfois le double de son poids, mais elle peut aussi en tirer partie rapidement !

La femme possède des qualités impressionnantes de rapidité, flexibilité et surtout d’intelligence qui lui permet d’avoir une palette de jeu très ample !!

Quelle est ta philosophie de vie ?

Nao se consegue nada sem sofrer….

Plus c’est dur, plus ce sera bon à la fin :=)

Comment vois-tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois-tu aussi?

Ma philosophie : deixa vida me levar…

Aucune idée, seul Dieu sait… et je lui laisse les rennes…

Combien d’heures par semaine consacres-tu à la capoeira ?

A la Capoeira ? 12h par jour 7 jour/semaine

A la pratique de la Capoeira ? au moins 10h et si Festival le week-end alors 10h de plus :=)

C’est important pour toi  de rester féminine dans la roda ?

La féminité c’est une manière d’agir, de penser et d’être. C’est la « mandinga » des femmes.

La féminité est donc un atout à conserver dans toutes les situations de vies

A ne pas confondre avec les « démonstrations de féminité » (maquillage, bijoux, décolleté et autres dessous inappropriés…)

Je déconseille ces atours pendant la Roda, car déjà ils peuvent être dangereux (dans le cas de la boucle d’oreille ou de la bague qui arrache le membre), mais aussi parce qu’ils peuvent déplacer l’attention des « specateurs » au mauvais endroit et donc ne permettra pas la vraie mise en valeur de la Capoeira de l’intéressée

Finalement, j’ai un rapport assez « spirituel » avec la Capoeira, et j’aime lui monter un certain « respect » pendant la roda et je pense que la sobriété en fait partie….

Quelle est ta chanson de capoeira préférée?

Deixa que eu levo meu barco pro mar

Le mostro o que deve fazer

Assim quando eu nao aguentar

Voce ja sabe o que fazer

Traduction :

Laisse-moi emmener mon bâteau en mer

Je te montre comment il faut faire

Comme ça quand je n’aurai plus de force

Tu sauras comment faire

J’aime cette chanson car elle parle de moments de faiblesse dans ton parcours de Capoeiriste, et de création de lien de confiance avec certaines personnes, qui, au moment ou tu en auras besoin, seront là pour t’aider, te soutenir

Quel message donnerais-tu aux capoeiristes feminines?

Ne nous battons pas de manière ostentatoire pour obtenir du respect ou de la place

Prenons notre place subtilement et lentement à coup de travail dur et de sueur

Le respect s’obtient en prouvant votre détermination silencieuse et continue…

Tem mulher na roda !

Où peut-on te retrouver ?

Si quiser me ver, vai no « Fofocabook » (FB): « chiclete angoleiros do mar lille »

Ou sur www.capoeira-lille.com

 Et si vous souhaitez en savoir encore plus sur Professora Chiclete, vous trouverez ICI une autre interview (et oui elle est très demandée cette demoiselle!) ou elle se raconte un peu plus.

Bonne lecture les guerrières!

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Interview du mois: Professora Minha Velha

***For interview in English, please scroll down***

Tic-tac tic-tac, il me reste que très peu de temps pour poster la dernière interview de 2014 et je tenais absolument à vous présenter Professora Minha Velha, une de mes inspirations dans la capoeira. Je l’ai découverte il y a quelques années alors qu’elle sortait son 1er CD et j’ai tout de suite était séduite par son côté humain, humble et artistique. C’est une personne qui irradie et qui participe à faire de la capoeira un cercle vertueux. En cette veille de nouvelle année elle nous apporte sa vision et son message plein d’amour et de partage. Je vous laisse la découvrir.

Dana Maman

Peux-tu te présenter : nom de guerre, grade, groupe, ville ?

Je m’appelle Dana Maman (ndlr: prononcez « mamane ») et dans la capoeira je suis Minha Velha. Je suis Professeur 3eme niveau (dernier cycle avant le grade de Contra-Mestre) dans le groupe Capoeira Batuque sous la direction de Mestre Amen Santo. Je dirige mon école de capoeira : Capoeira Batuque South Bay à Hawthorne en Californie.

Comment et quand as-tu connu la capoeira ?

Comme beaucoup d’autres personnes, j’ai vu le film « Only the strong » quand j’étais ado, je vivais alors en Israël. J’ai voulu pratiquer mais il n’y avait aucun groupe là où j’habitais. A peu près un an plus tard, un ami m’a dit qu’il y avait des cours « du truc que tu veux tant faire » dans une salle de danse des environs. J’ai commencé à m’entrainer avec Daniel Sela, celui qui a amené la capoeira en Israël. C’est assez marrant car j’ai découvert après mes 2 ans de pratique aux Etats Unis avec Mestre Amen qu’il avait contribué au film Only the Strong!

Quel(s) rôle(s) as-tu au sein de ton groupe ?

Au fur et à mesure que j’évoluais dans la capoeira j’avais pas mal de responsabilités dans notre académie de Culver City. Je participais aux shows avec la troupe de danse de Mestre Amen, j’enseignais les cours de capoeira aux enfants, les cours de percussions ainsi que les cours de musique pour les élèves avancés et j’assurais aussi les cours lorsque Mestre Amen voyageait. J’ai appris énormément en étant dans ces rôles là. Et au fil des années, j’ai monté ma propre académie et à présent je dirige la branche de South Bay à Hawthrone.

Quels étaient tes objectifs lorsque tu as commencé la capoeira ?

C’est assez drôle car quand j’ai commencé la capoeira je n’avais aucun objectif. Je prenais plaisir à m’entrainer et je voulais m’entrainer encore plus. Lorsque j’ai eu fini mon service militaire (ndlr : En Israël le service militaire est obligatoire même pour les femmes) j’étais beaucoup plus déterminée et j’ai commencé à vouloir vraiment m’améliorer.

Comment t’est venu ton surnom de capoeira?

Minha Velha est un surnom affectueux que l’on donne en général à sa maman. Ca a commencé comme une blague : un jour alors que nous terminions un show, j’ai attendu que Mestre Amen ramène la voiture afin d’y ranger les instruments. Lorsqu’il m’a vu assise là il m’a dit « allons-y Minha Velha » et depuis ce jour c’est resté et ça a pris plus de sens. Il dirait que je fais les choses et j’agis comme une vieille dame, que j’ai une âme ancienne. Mais mon commentaire préféré en référence à ce nom fût lorsqu’une personne qui ne connaissait pas mon surnom a essayé de me décrire à un ami, il a dit : « tu sais cette fille qui, quand elle chante, a une voix de  mama africaine »

Lorsque tu as commencé la capoeira, il y avait beaucoup de femmes ?

Non, il n’y en avait pas beaucoup dans mon école. Il n’y avait aucune fille avec un niveau avancé qui persévérait dans la pratique. Parfois j’étais la seule fille dans le cours avancés.

A cette époque, quelles étaient tes inspirations féminines dans la capoeira ?

Je crois qu’une des femmes que j’ai toujours aimé et admiré était Contra Mestra Fogueira de Berkley UCA (ndlr :United Capoeira Association). Elle s’est installée ici à Los Angeles pour ses études et nous sommes devenu amies et partenaires d’entrainement à l’académie de Mestre Amen. Je l’ai toujours considérée comme une grande capoeiriste et une personne humble et formidable. Elle a un très bon niveau mais elle ne se prend pas trop au sérieux. Elle m’a beaucoup aidé lors de moments frustrants au fil de ma formation de capoeira. A part elle, j’ai beaucoup de respect pour Mestra Suelly (ndlr : 1ere femme à recevoir le titre de Mestre aux Etats Unis et femme de Mestre Acordeon). Elle représente en fin de compte les défis auxquels nous sommes confrontées dans la capoeira (être une femme, trop petite, trop grande, non-brésilienne etc…) et qui nous rendent plus fortes. Je sais que j’ai eu des moments où c’était dur donc je n’ose même pas imaginer ce que cela a dû être pour elle à son époque avec très peu de femmes dans la capoeira. J’ai énormément de respect pour sa persévérance et sa présence dans cet art.

Quel a été le moment le plus marquant jusque là dans ton parcours de capoeiriste?

Il y en a eu tellement, c’est très difficile de choisir : A mes débuts, être enfin capable  de faire une roue ; recevoir ma première corde ; la rencontre de mon meilleur ami (qui deviendra plus tard mon mari) lors d’un cours ; voyager pour des événements ; être invitée pour la première fois en tant que prof ;  faire mon premier CD ; me rendre au Brésil seule ; être capable de faire des sauts périlleux après m’être rétablie d’une fracture de la clavicule ; réussir enfin un mouvement après trois ans de tentatives acharnées ; recevoir une lettre de remerciement de la part d’un élève ; avoir mes propres cours ; avoir plus d’une personne à mes cours… la liste est encore longue.

As-tu déjà participé à des évènements 100% féminins ?

Oui, j’y ai participé plusieurs fois et j’ai également été invitée à donner des cours dans plusieurs d’entre eux.

Quel est ton avis sur ce type d’événement ?

Je crois qu’il y a de bons côtés. Lorsque j’étais plus jeune dans cet art j’ai appris beaucoup lors de ces événements. A présent, je vois cela de manière plus critique. Pour moi les femmes doivent avoir une place dans la communauté capoeiristique tout au long de l’année. Parfois ces événements participent à ce que les modèles d’exclusions perdurent. Aujourd’hui dans tous les groupes, les Batizados sont dirigés et dominés par des hommes et avec une énergie spécifique, mais ils accordent une journée par an pour les femmes. C’est presque comme si les femmes n’avaient pas réellement leur place durant l’évènement majeur qu’est le Batizado mais on ferait toutes « comme si » un jour par an. Ce n’est pas toujours ainsi et je dois saluer à cette occasion Professora Pavao qui, cette année, a réuni d’excellents capoeiristes (qui se trouvaient être des femmes) au Batizado du groupe CBLA (ndlr : Capoeira Brasil Los Angeles). Je trouve que c’est un geste fort. Je participe à ces événements féminins et à cette occasion je rencontre des filles qui valorisent ce genre d’évènements et qui sont réellement inspirées et se sentent à l’aise pour jouer davantage dans la roda. C’est juste que ca parait tellement artificiel comme environnement, ce qui n’est pas un mal en soit mais nous devons je pense nous en éloigner. Nous devons affirmer notre place dans la communauté capoeiristique qui inclut les hommes et les femmes.

Penses-tu que l’image de la femme a évolué depuis que tu as commencé la capoeira ?

Bien sur que ca a changé, rien ne reste figé. Tant que les femmes continuent à s’entrainer et à prendre leur place de leader dans la communauté capoeiristique, le futur ne pourra en être que meilleur.

Qu’est ce que la capoeira t’a apporté ?

La capoeira m’a apporté et m’apporte encore tellement de choses ! Le plus évident est : la santé, la communauté, des amitiés. Elle m’a donné une carrière professionnelle qui m’a permis de voyager et de rencontrer des personnes qui sont devenues chères à mon cœur. J’ai rencontré mon mari grâce a la capoeira (bien qu’il ne soit plus trop dans ce milieu à présent) et j’ai survécue à ma 1ere année aux Etats Unis en tant qu’immigrante grâce à la capoeira et la communauté que j’y ai trouvé autour d’elle. Une autre chose que la capoeira m’a apporté, est un grand sens de l’humilité, apprendre à tomber, se relever, recommencer, parfois même devant mes professeurs, mes ainés, mes élèves, parfois 2 fois le même jour, 2 fois par semaine pendant 3 ans avant de réussir finalement. Ce sens de la réussite est un autre truc très marrant que la capoeira m’apporte. Je pense qu’à son top, cet art me force à être dans le moment, de m’évader. Il n’existe pas beaucoup de chose qui me mette dans cet état

Tu es une excellente percussionniste, est ce que tu a appris grâce à la capoeira?

Je fais de la musique depuis que je suis très jeune. J’ai commencé par le violon classique que j’ai pratiqué pendant 13 ans. A la même époque j’ai pratiqué les percussions orientales. Avec la capoeira je gravitais autours de la musique car j’adorais et avais pratiqué depuis toute jeune. J’ai aussi toujours adoré chanter. Je chantais toujours pendant que je faisais les corvées à la maison, à un point tel que ma mère devait parfois me faire taire. Lorsque j’ai connu le groupe Batuque en venant à L.A. je suis tombé encore plus amoureuse de la musique. J’ai commencé à apprendre les percussions afro brésiliennes avec Mestre Amen. Donc pour ce qui est de la découverte de la musique afro-brésilienne je remercie mon professeur et la capoeira. J’adorais tellement que je pratiquais sans cesse et c’est ainsi que je me suis amélioré. C’est la raison pour laquelle je dis à mes élèves de mon cours de musique que la première chose à faire est d’écouter beaucoup de musiques, de trouver ce que l’on aime et en tomber amoureux. Et c’est à ce moment là que les progrès sont inévitables.

Parles nous un peu des 2 CD que tu as fait, comment a surgit l’idée ?

J’ai fait mon premier CD grâce à une collecte de fonds. J’avais besoin d’argent pour aller au Brésil car je voulais faire des recherches et en apprendre plus sur la musique de candomblé et les femmes percussionnistes au Brésil. Nous avons fait ce CD sur GarageBand, pour l’enregistrement nous avions mis tout le monde dans une espèce de placard que nous avions insonorisé Prof.Muito Tempo et moi (bon, à vrai dire ce n’était pas hyper bien insonorisé :). Ca a été fait avec beaucoup d’amour et je voulais enregistrer avant que je ne parte à Bahia car je savais que ma musique ne serait plus jamais la même après ce voyage.

Le 2eme CD a été un peu mieux produit.  Nous avons enregistré quelques instruments à la fois pour garder un coté « live » et nous étions dans un studio avec du matériel de pointe, nous l’avons orchestré nous même. De plus, presque tous mes titres étaient des chansons originales, cela a été un grand boost pour moi. Le portugais n’est pas ma langue natale, j’ai du écrire les chansons et montrer les textes à des amis, pour être sûr que les paroles que j’avais écrites aient du sens. Tout ce travail en valait la peine, le CD a eu un très bon accueil et j’en suis très contente.

As-tu d’autres projets artistiques ?

Pour l’instant, je souhaite vraiment consolider mon groupe de capoeira à South Bay et développer ma carrière de chanteuse. J’ai un groupe et nous jouons les musiques que j’écris. Je joue également des musiques d’orixas. Pour ce qui est de la musique et de la capoeira, je pense qu’il faut plus de femmes leaders. C’est la raison pour laquelle développer mon école de capoeira est une priorité. J’aimerais également de tout cœur avoir un jour mon propre groupe de show folklorique, (comme j’ai fait partie pendant des années du groupe folklorique de Mestre Amen) mais composé uniquement d’enfants. Je commence déjà à travailler dessus. J’ai déjà de jeunes percussionnistes en herbe très talentueux. C’est un long processus mais nous y arriverons.

Prends tu part à des projets socio-éducatif avec d’autres publics avec comme thème la capoeira?

J’ai créé quelques projets dans le passé. J’ai enseigné gratuitement pendant assez longtemps dans un foyer d’hébergement pour femmes mais nous avons du arrêter car je commençais à monter mon groupe à South Bay. J’ai essayé de reproduire ce projet dans les alentours mais ça ne s’est pas encore concrétisé.

J’ai aussi candidaté deux fois pour un Prix sur un projet qui me tenait vraiment à cœur. Cela consistait à monter un groupe de capoeira composé d’enfants juifs et arabes ici à Los Angeles. Je l’ai organisé de telle sorte que mon cousin, Contra Mestre Versatil (qui est musulman) aurait dirigé le groupe à mes cotés. Je voulais qu’il y ait un documentaire ainsi qu’ un « journal de bord »pour raconter le processus par lequel les enfants passaient tout au long de l’année. Nous aurions commencé par des questionnaires afin de pointer les enfants qui avaient le plus de potentiel d’évolution concernant le regard qu’ils portaient sur l’Autre. J’ai l’habitude de dire que la première fois que j’ai parlé à une personne musulmane c’était dans un cours de capoeira, et (étant originaire d’Israël) je pense que cette démarche est vraiment nécessaire. Nous avons candidaté 2 fois pour ce prix et notre dossier a été rejeté pour des tous petits détails. Je me suis découragé, j’avais mon groupe à fonder donc je manquais de temps. J’ai bon espoir de reprendre cette idée dans le futur car j’ai l’intime conviction que cela serait un projet très fort.

D’après toi, quelles sont les qualités qu’une femme doit avoir pour être une bonne capoeiriste?

Faire le travail demandé. Si tu vas au cours et que tu fais ce qui est demandé jour après jour, année après année et à chaque fois que tu es devant d’autres capoeiristes, alors tu seras une meilleure version de toi-même. Comment les gens ne peuvent-ils pas respecter ça ?

Dans la même voie, je pense que la seule personne avec qui tu dois te comparer c’est toi-même. Sois inspirée par les autres, mais restes toi-même, la meilleure que tu puisses être ! C’est très tentant de commencer à se comparer aux autres mais ce n’est pas très productif. Enfin, rappelles toi que, peu importe ce que tu fais dans cet art (et dans la vie en général), certaines personnes t’aimerons pour ça et d’autres non. C’est comme ça, ça n’a rien de personnel, ça n’a rien à voir avec toi. Donc amuses-toi, entraines-toi dur mais amuses-toi car sinon, à quoi bon ? Parfois je me vois (ou d’autres femmes) mettre tant de pression du genre : « il faut que je fasse un solo car aucune fille ne l’a fait » ou « Il faut que je joue car aucune fille ne joue » Tu dois te surmonter mais ce sens de l’obligation n’est pas une bonne motivation. Tu dois t’amuser ET faire le travail demandé. Quiconque doit voir le verra et s’en rappellera.

Et crois tu qu’une femme devrait jouer différemment qu’un homme ?

Je crois que chacun (homme femme confondus) devrait jouer différemment dans la roda. Ca revient à être toi-même. Mon professeur est un gars de 90kg, si je jouais comme lui je me ferais probablement tuer. Nous avons tous notre arme secrète, nous devons juste découvrir laquelle.

Tu as lancé sur Facebook depuis quelques mois « The Greatest Capoeira Challenge » (ndlr : défis mensuels sous forme de vidéo dédié aux capoeiristes comme ICI ) de quoi s’agit-il et comment t’es venu cette idée ?

C’est quelque chose qui me tiens vraiment à cœur donc merci à toi de me poser la question. J’ai eu un jour une conversation avec un ami qui me disait que la mer n’était plus assez potable pour qu’il aille s’y baigner. Cette pensée m’a fait penser à mes futurs petits-enfants et au choix qu’ils n’auront peut être plus de se baigner dans l’océan. Peut être qu’il ne pourront plus s’y baigner à cause de notre mode de vie actuel. J’étais si attristé et en colère à cette idée que je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose. J’ai toujours pensé que c’était un tel gâchis d’aller à des événements de capoeira où nous pouvions avoir l’attention parfois de 300 personnes (enfants, adultes, familles) pour un Batizado et ne pas attirer l’attention de ce public sur ces questions majeures. On fait de la capoeira tout un week end, et ensuite : tout le monde rentre chez lui, c’est dommage. Il y a un tel potentiel de faire de belles choses pour la planète dans la communauté capoeiristique lors de ces évènements. La Capoeira c’est l’art de la transformation, et nos océans ont désespérément besoin de nous. Ces océans et ces mers que nous chantons dans les chansons de capoeira, ces plages sur lesquelles nous nous entrainons… il est temps de redonner un peu de ce que nous prenons. Donc c’est ainsi qu’est né ce projet. C’est aussi l’occasion d’être chaque mois une meilleure version de soi-même (comme nous en avons déjà parlé plus haut). Ce projet a reçu un bon accueil et petit à petit les changements se produisent, un pas après l’autre.

Quelle est ta philosophie de vie?

La phrase qui a donné le plus de sens dans ma vie jusque là vient d’Ifa, une religion du Nigeria proche de celle du Candomblé. Cette phrase dit : « Puisse mon caractère ne pas gâcher ma destinée ». Finalement je m’efforce d’être une bonne personne, humble, ouverte d’esprit. Avoir un bon caractère nous apporte tant de belles choses ! Il y a beaucoup de gens talentueux mais c’est le genre de personne que tu es qui te fera sortir du lot et changer le monde. J’essaye de vivre ma vie en partant de ce postulat.

Comment vois-tu la capoeira dans 20 ans et ou te vois tu également ?

Mon professeur dit toujours que la capoeira sera encore plus importante dans 20 ans. J’espère que c’est vrai et j’ai hâte d’y être. J’espère que dans 20 ans je prendrai toujours autant de plaisir à faire partie de cette communauté. J’espère aussi vivre bien et en bonne santé en ayant choisi la capoeira et la musique comme carrière. J’espère que j’aurais été une personne qui aura inspiré de jeunes femmes capoeiristes à grandir dans cet art et dans leur vie. Enfin, dans 20 ans lorsque certains de mes professeurs seront partis j’espère que j’aurai accompli un sérieux travail et appris dans le domaine afin d’être une bonne professeure pour transmettre à mon tour, comme on m’a transmis.

Comment d’heures par semaine consacres tu à la capoeira?

Je fais des choses en rapport avec la capoeira chaque jour. Lorsque j’ai décidé de démissionner de mon travail je me suis fait la promesse de faire de la capoeira et de la musique une activité à plein temps. Bien sur tout mon temps n’est pas consacré qu’aux mouvements. Cela peut être : lire, faire des recherches, travailler sur l’aspect business de mon école de capoeira, méditer etc… Je m’entraine tous les jours sauf le dimanche et ca comprend : la gymnastique, le cross-training, les cours avec Mestre Amen, aller s’entrainer sur la plage avec d’autres profs, et les cours de danse afro-brésilienne. Tout ceci, en dehors de cours que je donne. En général je me concentre sur l’enseignement lorsque je donne mes cours donc je ne m’entraine pas vraiment avec mes élèves. Le samedi matin je m’entraine avec eux afin de m’échauffer et me préparer pour les floreios que l’on travaille ensuite ensemble.

Est-ce important pour toi de rester féminine dans la capoeira ?

C’est important pour moi de rester moi même. Etre féminine c’est un terme tellement confus dans notre culture actuelle. Quelle est le visage de la féminité ? Est-ce Miley Cyrus? Hilary Clinton ? ou mère Teresa ? Est-ce Ronda Rousey (ndlr: Championne de MMA)? Ou bien est-ce les milliers d’images de mannequins photoshopées que nous voyons sans cesse ? Dans la capoeira c’est encore plus difficile car qu’est que ca veut dire « être féminine » dans un art martial enseigné majoritairement par des hommes ? D’après moi c’est un concept très subjectif et versatile la féminité ; ca change à chaque seconde. Dans la culture américaine cette notion de féminité est si déformée. Je joue de la capoeira et des percu intensément, mes mains et mes pieds sont rugueux et mes épaules larges à cause de ça. Je n’aime pas le maquillage et mes pieds ne supportent pas les talons hauts et pourtant je suis une femme. L’image de la féminité ici aux Etats Unis est une notion si irréelle et photoshopée que c’est très difficile de dire ce qui est ou n’est pas féminin.

En mai on t’a vu sur youtube dans une super video Capoeira Crush (ndlr: je vous en parlais ICI ) où on peut te voir jouer avec d’autres professeures de capoeira. Cette video fait un carton sur youtube, comment a surgit cette idée et qui sont toutes ces talentueuses capoeiristas ?

Cette video a été tournée en l’honneur du « Women’s History Month ». C’etait le week-end où Mestre Batata organisait son évenement féminin tout près d’ici à Santa Monica et toutes ces merveilleuses capoeiristes (qui sont également des amies) sont venues à cet evenement. J’étais sur mon velo et rentrais de la gym quand je me suis dit que ça serait cool de faire une vidéo toutes ensemble avec ces femmes géniales. Je me disais qu’il n’existait pas de belles videos bien faites de femmes capoeiristes . Mais nous avions quelques obstacles : c’était le Marathon de Los Angeles donc les rues étaient fermées, nous avions changé d’heure et la soirée du batizado de Mestre Batata était la nuit précédente. Mais nous l’avons quand même fait, avec seulement 3 heures de sommeil.

Dans la vidéo il y a  Mestra Marisa Cordeiro, Professora Pavão , Professora Gata Brava, Professora Raposa, Professora Fogueira , Professora Formiguinha, Professora Budinha et moi. Chandler, un de mes amis était disponible (il a fait  un super travail d’édition) et un autre de mes amis Khalil avait une super bande son sur un de ses projet musicaux CapoFresh. Donc nous nous sommes tous réunis et avons pu réaliser cette video. Ca a été pour moi un des meilleurs moments de cette année et un parfait exemple de ce qu’il peut se faire lorsque nous collaborons tous. On s’est beaucoup amusé et il y avait une super énergie (en particulier le fait de revoir Fogueira avec qui je m’entrainais lorsque je suis arrivé à L.A. Et tourner cette video dans ma salle de capoeira était egalement un moment fort.

As-tu une chanson préférée ?

Il y en a tellement c’est trop dur de choisir. Je ne peux pas n’en citer qu’une.

 Quels conseils donnerais tu a une capoeiriste débutante ?

Amuses-toi et profites de ton évolution. Ne penses pas qu’aux cordes.

Un message final a donner aux femmes capoeiristes?

Fais le travail demandé, sois appliquée. Respectes-toi et ne fais rien dans la capoeira que tu ne ferais pas sur ton lieu de travail si tu veux un long chemin dans cet art. Les professeurs te transmettent la connaissance mais parfois tu obtiens plus de résultats et plus facilement en te changeant toi-même.

traduction: Iguana, relecture: Nath

 

INTERVIEW IN ENGLISH

Could you introduce yourself : nome de guerra, graduaçao, grupo, cidade ?

My name is Dana Maman/ Professora Minha Velha. I am a third level professor in our group Capoeira Batuque under Mestre Amen Santo (in our group there r three levels of professor before you move up to Contra-Mestre). I lead my school Capoeira Batuque South Bay in Hawthorne California.

When and how did you get to know capoeira?

Like many other, I saw the movie Only The Strong as a teenager in Israel. I wanted to do what I saw but there were no classes. After a year or so, a friend told me they are offering a class of « that thing you wanted to do » in a dance studio close by. I started training with Daniel Sela, the guy who brought capoeira to Israel. Funny enough I came to find out after my first 2 years of training here with Mestre Amen, that he was the one who made that movie.

What is your role inside your group?

I used to take more roles in our Culver City academy as I was growing up in capoeira. I did shows with Mestre Amen dance group, I taught the kids classes, the advance music class, the drumming class, and I covered Mestre Amen’s classes when he was out of town. I learn a lot from being in these positions. As the years past, I wanted to start my own academy. Now I lead the South Bay branch in Hawthorne.

What were your goals when you first started capoeira?

Funny enough, when I started I didn’t have any goals. I had fun doing it and I wanted to do it more. When I finished my army service, I got to be more goal-oriented and started chasing this idea of being better.

How did you get your capoeira name?

Minha Velha is an endearment name you say about your mom, in most cases. It started as a joke. One time when finishing a show, I waited for Mestre Amen to bring the car over as opposed to me and the others bringing all the drums over to the car. When he saw me just sitting there, he said, « let’s go Minha Velha », and from that point, it stuck and started collecting meaning. He would say I would do things like old women would, that I have an old soul. But my favorite comment relating to my name was when someone who didn’t know my name tried to describe me to a friend. He said: « you know, that lady that sings like an old black woman ».

 When you started capoeira, there was a lot of women?

No, there weren’t that many in my school. No advanced women who stay at least. At times I was the only lady in the advance class.

At that time, who was (were) your feminine capoeirista inspiration(s)?

I think one of the ladies I always loved and looked up to was Conta-Mestre Fogueira from Berkeley UCA. She moved here to L.A for her degree and we got become friends and train together at Mestre Amen academy. I always saw her as a great capoeirista and a wonderful humble person. She is very good but she doesn’t take herself too seriously. She helped me a lot during some frustrating moments I had throughout my training.

Other than her, I have a lot of respect for Mestra Suelly. Ultimately our challenges in Capoeira- have it be the fact we r women, too big too small, Non-Brazilians, etc- make us stronger. But I know I have had moments were it was hard, so I cannot imagine how it must have been for her, earlier, with fewer women around, for so many years. I have a lot of respect for her consistent presence in this art.

What was your most striking/awsome moment in your capoeira path until now?

There were so many, it is very hard to chose: Finally being able to do a cartwheel when I started; getting my first cord; meeting my best friend in the studio- who later on became my husband-; traveling to events; being invited and brought to an event for the first time; making my first CD; going to Brasil by myself; being able to tumble after a year recovery from a broken collar bone; getting a move after working on it for three years; a thank-you letter from a student; starting my own class; having more then one person in my class- the moments are countless.

Did you ever take part to Feminin Capoeira Events?

I have taken part in many and I was invited to teach in some of those as well.

What do you think about this type of event?

I think there is some value to them. When I was younger in the art, I got a lot out of them. Now though, I sometime get a little clinical about those events. I feel like women should have a place in the community of capoeira throughout the year. Sometime these events allow certain excluding patterns to stay the same. At times, groups still have their Batizados run and dominated by men with a very specific energy, but they allocate one day a year where it’s all about the women. It almost feels like we don’t get a sit in the main event, but we all play pretend for one day a year. It’s not always like that, I have to give it to Professora Pavao who this year has a lot of excellent capoeiristas- who happen to be women- coming to CBLA batizado. I think it is such a powerful statement. But then again I come to women’s events and I get to meet ladies who really value these events, they are really inspired and they feel comfortable playing more. It just feels like a very artificial environment, which is fine but we need to eventually move away from it. We need to claim our space in the community of capoeira that includes men and women.

Do you think the image of women in capoeira evoluated since you’ve started?

Of course it has changed; nothing stays the same. As long as women keep training and growing as leaders in the community the future is only going to get better.

What does capoeira bring you?

Capoeira has brought and still brings so many things to my life. The most obvious things are my health, community, friendships. It gave me a career that allowed me to travel and meet people that are every dear to my heart. I met my husband in capoeira (he is not so much in capoeira any more though), and I survived my first year in the States as an immigrant because of capoeira and the community I found around it. The less obvious thing it brought to my life is a huge sense of humbleness; learning to fall, get up, and do it again, sometimes in front of my teachers, elders, my students, sometimes twice in the same day, sometimes twice a week for three years until I get it. That sense of success, when I do get it though, is another really fun thing that capoeira gives me. I think at its best, this art forces me to be in the moment, get out of my head. Not a lot of things get me in that space.

You are a great percussionist, did you learn it thanks to capoeira?

I did music since I was very young. I started with the classical violin and I did that for 13 years. At the same time, I did middle-eastern percussion as it was available around in my country. With capoeira I gravitated to the music, because I have loved and played music since I was very young. I have always loved singing as well; I will always sings during family chores, to a point where my mom sometimes had to ask me to stop. As I got with Batuque, when I came to LA, I fell in love with the music even more. I started learning more of the Afro Brazilian drumming from Mestre Amen. So for that initial exposure to Afro-Brazilian music and drumming, I owe thanks to my teacher and capoeira. I loved it so much I did it a lot and got better at it because of it. That is why I tell people who take music classes from me that the first step is to listen to a lot of music, find what you like, and fall in love with it. At that point, improvement is inevitable.

Tell us about the 2 CDs you have released. How and what was the idea/motivation of it?

The first CD I did was a fundraiser. I needed money to go to Brazil because I wanted to learn more about candomble music and women drummers in Brazil. We did it on Garage Band. We put everyone in a storage closet me and Contra-Mestre Muito Tempo transformed to be « sound proof » (it was not very well sound proofed, to say the least). It was done with a lot of love and  I wanted to record it before I went in my trip cause I knew my music will change after my time in Bahia.

The second CD was way more produced. We recorded a few instruments at a time to keep the live « feel » but we were in a studio with great equipment; we mastered it. Also almost all of my songs were original. It was a huge push for me. I am not a Portuguese native speaker, I had to write it and sit with some friends to make sure it all make sense. But it was all worth the work; it was really well received and I feel good about it.

What is your next artistic project?

At this point I really want to build my group in South Bay and build my career as a  singer. I have my band where we perform original music I wrote and I perform more with orixa music too. As far as my group and capoeira, like I said I believe capoeira need more women led groups. That is why developing my academy is a priority. I also would really love one day to have a folcloric show- like I did for so many years with Mestre Amen but all done with kids. I starting to work on it now; I have some very talented young drummers. It is a process but we will get there.

Do you take part in social/educational/cultural projects with kids (or other public) around capoeira?

I have had a few projects in the past; I have taught a free class at a women’s shelter for a little while but we had to stop as I started my group in South Bay. I tried to start it up again in my area but it has not happened yet.

I also applied twice for a grant for project I really wanted to get off the ground. It had to do with building a youth capoeira group made with Jewish and Muslim children here in LA. I organized it in such a way where my cousin, Contra-Mestre Versatil- who is Muslim- would be coaching with me. I wanted to have video documentation and journaling to see the process the kids go through throughout the year. And we would start with questionnaires to spot kids with the biggest room for growth as far as their view of the Other. I always said that the first time I talked to someone Muslim was at the studio because of capoeira, and coming form Israel, I feel like this work is very needed. We applied for the grant twice, got denied for very small details, and I got discouraged and occupied with my work at my group. I am hoping to re-visit this idea in the future because I still believe it can be very power project.

What are the qualities/skills a woman should have to be a good capoeirista?

Just do the work. If you show up and do the work day after day for year after year and every time the community sees you, you have turned into a better version of yourself- how can people not respect that? On the same note, I think it is important  to realize the only person you should compare yourself to is yourself; get inspired by others but be yourself, the best you can be. It is very tempting to start looking at other people and it is not very productive. Last, remember that no matter what you do in this art- and in your life in general- some people will like you for it and some would not- it’s not personal and it has nothing to do with you. So have fun; train hard but have fun, because otherwise why are we doing this for? Sometimes I see myself or other women put so much on themselves; « I need to do a solo cause no women went » or « I need to play cause no women are playing ». You need to push yourself but this sense of obligation is not a good motivator; you should have fun and do the work- whoever needs to see it, will see it and it will leave a mark on them.

And do you think a woman should play different from a guy in the roda?

I think all of us should play differently than each other in the roda. It goes back to being yourself. My teacher is a 200lb big guy. If I play like him, I will get killed probably. We all have our secret weapon; we just need to discover it.

You have launched few months ago, “The Capoeira Greatest Challenge”, please tell us what is it about and how did you get this idea?

This is something I feel very passionately about, so thank you for asking about it. I had a conversation with a friend one day who have decided that the ocean is no longer fit for him to go into anymore. That thought made me think about my future grandchildren and how they might not have even a choice in the matter. It might be that they will not be able to go inside the water because of how we are living our lives here. I was so deeply sadden and angry I felt like something need to be done. I always felt like it is such a waste we get together for events, we have the attention of over 300 young adults and families for a batizado; we do capoeira all weekend; and then we leave. There is so much potential there to do real good in the world with our community. Capoeira is the art of transformation and our waters need us desperately. Those waters, oceans, and beaches we sing about, enjoy, train around- it is time to give back. So this project came to life. It also has to do with this idea of every month being a better version of yourself, like we talked about before; It has been going great, we are making change one small step at a time.

What is your life motto/philosophy?

I feel like the sentence that has given me the most in my journey come from Ifa, a Nigerian religion very similar to Candomblé. It says « May my character not spoil my destiny ». I feel like ultimately striving to be being a good person, humble, open, and having good character brings forth the most blessings. There is so much talent out there, but it is the kind of person you are that will make you stand out and change the world. I try to live my life from that place.

How do you picture capoeira in 20years?  And where do you see yourself in 20 years?

My teacher always says that capoeira is going to be even bigger in 20 years. I hope it will and I look forward to being in that community. I hope to still have fun with capoeira in 20 years. I hope to live a good and healthy life, having chosen capoeira and music as my career. I hope to be a figure that have inspired young women to grow in the art and in their lives. Finally, in 20 years where some of my teachers would be gone, I hope to have done some serious work and learning so I can be a valuable teacher as well, so I can pass something forward like it was passed to me.

How many hours per week do you dedicate to capoeira?

I do something relating to capoeira everyday. When I decided to quite my day job, I made the commitment to fill a full-time job schedule with capoeira and music. It is not all movement of course. It can be reading, researching, working on the business side of my academy, meditation and so forth. I do train everyday except on Sunday; that include gymnastics, cross-training, classes with Mestre Amen, get together with fellow teachers for beach training, and Afro-Brazilian dance classes. That is outside of teaching. For the most part, I like to concentrate on teaching when I do my class, so I don’t do the class with my students. Saturday morning class I train with them so I can get warm, and demonstrate more floreios so we can work on that as well.

Is it important for you to stay feminine in capoeira?

It is important for me to stay myself in capoeira. Feminine is such a confused term in our culture. What is the face the feminine? Is it Miley Cyrus or Hilary Clinton or Mother Teresa? Is it Ronda Rousey? Or is it the thousand photoshopped images of models we see endlessly everywhere? In capoeira it’s even more complicated because what does it mean to be feminine in a martial art taught mostly by men? I think it is a very subjective flexible thing, femininity- it changes every second.  In America’s culture, that term is so distorted. I drum and I am very active. My hand and feet are rough and my shoulders are broad because of that. I don’t like makeup and my feet cant handle high heel shoes; and I am a woman. So how many of me there need to be to make that feminine? The image of femininity here in America is an unrealistic photoshopped idea; it is hard to measure anything according to it.

In May was released on youtube, a great video « Capoeira Crush » where we can see you playing and having fun with other women professoras. This video is a great success (thousands of view and inspiration for girls), how and what was the idea of it?  Who are all these teachers?

The video we made was in honor of Women’s History Month. It was the weekend of Mestre Batata’s women event here in Santa Monica and all these wonderful teachers, who are also my friends, were coming together. I was riding my bike back from the gym and I was thinking it would be so cool to make a video together with all these awesome ladies. I was thinking there is not really a nice produced video with women doing capoeira. We had a lot going against us: it was the L.A Marathon so streets where closed, daylight saving time change, and the Batizado party was the night before. So we did this on 3 hours of sleep. It was : Mestra Marisa Cordeiro, Professora Pavão , Professora Gata Brava, Professora Raposa, Professora Fogueira , Professora Formiguinha, Professora Budinha and I. Chandler, my friend, happened to be available- he did such a great job filing and editing and my friend Khalil had a great track done in his new project CapoFresh. So we made it happen and put it all together. It was one of the best moment of this year for me and such a wonderful example of what can happen when we all collaborate. We had so much fun and such great energy- especially seeing Fogueira there who I used to train with when I just got here to LA. Now, doing this video together in my studio- it was a very moving moment for me. To many more.

What is your favorite capoeira song ?

There are so many, it is very hard to choose. I cannot commit to just one.

What tips would you give to a capoeira beginner?

Have fun and enjoy the process. Don’t chase the cords.

Any final message you would like to give to women capoeira?

Do the work and have fun. Finally, respect yourself- Don’t do anything where you train, you would not do at the work place if you want a long future in this art. Teachers and school leaders should know better, but sometimes you get faster results more easily when you change yourself.

 

A propos de cette rubrique

Dans cette rubrique vous trouverez des interviews de capoeiristes femmes connues ou non,  qui inspirent et transmettent leur art à leur manière.

Vous découvrirez leur parcours, leur travail, les obstacles qu’elles ont parfois dû surmonter, leur vision de la capoeira d’aujourd’hui et l’évolution de place de la capoeiriste dans cet univers souvent macho.

Ces interviews ont été réalisées au cours de l’année 2014 par moi même lors de rencontres de capoeira, de voyage au Brésil ou simplement par  mail.